Zakhor (זָכוֹר) : « Souviens-toi ! » —Bible Hébraïque et Mémoire

Cet article se propose d’étudier la façon dont la Bible Hébraïque a pu, ou non, influencer certains traits de la communauté juive sur des sujets éthiques. Notamment les questions essentielles de continuité de communauté, mais aussi de continuité religieuse, intellectuelle, humaine et spirituelle. Il y a un mot hébreu pour parler d’éthique et notamment d’obligation mémorielle. Il s’agit de Zakhor (זָכוֹר) qui peut se traduire en français par l’injonction « souviens-toi ! ». Cet article se propose d’explorer les formes de ce fameux Zakhor dans la Bible Hébraïque, et ce qu’elles nous apprennent du judaïsme. L’occasion aussi d’y explorer les liens complexes entre mémoire, les formes qu’elle peut prendre et l’étude du texte dans le monde juif. Toutes les citations sont issues de la traduction de la Bible dite Segond 21.

Transmettre

La première des choses qui semble essentielle à aborder est la façon dont les textes de la Bible Hébraïque insistent sur l’obligation, et surtout l’importance, d’assurer la transmission. Qu’il s’agisse des souvenirs, commandements ou histoires. Et cela s’exprime dans le texte en français par des « tu diras alors » ou « tu leur diras » que l’on retrouve à de nombreux moments dans le récit. La mémoire biblique est très souvent publique dans le texte. Exemple avec le chapitre 13 du livre de l’Exode ou « Noms » ou Shemot :

Tu diras alors à ton fils: ‘C’est en mémoire de ce que l’Eternel a fait pour moi lorsque je suis sorti d’Egypte.’

Un motif récurrent par ailleurs dans le texte biblique : le souvenir de l’esclavage et de la fuite d’Egypte. De même au chapitre 4 du Deutéronome ou « Paroles » ou Devarim (דברים) :

»Seulement, fais bien attention à toi! Veille attentivement sur toi-même tous les jours de ta vie, afin de ne pas oublier ce que tes yeux ont vu et de ne pas le laisser sortir de ton coeur. Enseigne-le à tes enfants et à tes petits-enfants.

Un motif là aussi répété dans le texte biblique : l’enseignement. Un motif que l’on retrouve d’ailleurs dans la prière centrale du judaïsme : le Shema Israël (שְׁמַע יִשְׂרָאֵל). La prière juive qui célèbre le Dieu UN et indivisible. Au chapitre 11 du même livre :

»Si vous obéissez aux commandements que je vous prescris aujourd’hui, si vous aimez l’Eternel, votre Dieu, et si vous le servez de tout votre coeur et de toute votre âme, je donnerai au moment voulu la pluie à votre pays, les premières et les dernières pluies, et tu récolteras ton blé, ton vin nouveau et ton huile. Je mettrai aussi dans tes champs de l’herbe pour ton bétail et tu mangeras à satiété. Veillez bien sur vous-mêmes: ne vous laissez pas persuader, dans votre coeur, de vous détourner pour servir d’autres dieux et vous prosterner devant eux. La colère de l’Eternel s’enflammerait alors contre vous. Il fermerait le ciel et il n’y aurait pas de pluie. La terre ne donnerait plus ses produits et vous mourriez bien vite dans le bon pays que l’Eternel vous donne. Mettez mes commandements dans votre coeur et dans votre âme. Vous les attacherez comme un signe sur vos mains et ils seront comme une marque entre vos yeux. Vous les enseignerez à vos enfants et vous leur en parlerez quand tu seras chez toi, quand tu seras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Tu les écriras sur les montants de la porte de ta maison et sur les portes de tes villes. Alors votre vie et celle de vos enfants dans le pays que l’Eternel a juré à vos ancêtres de leur donner dureront aussi longtemps que le ciel au-dessus de la terre.

Et encore au chapitre 31 du même livre :

Maintenant, mettez par écrit le cantique qui suit. Enseigne-le aux Israélites, mets-le dans leur bouche, et que ce cantique me serve de témoin contre les Israélites.

Traversée du Jourdain — Gustave Doré

Transmettre, c’est aussi se doter d’objets ou signes qui permettent de perpétuer le souvenir. On peut citer le chapitre 4 du livre de Josué ou Yehoshoua (יְהוֹשֻעַ) :

Il dit aux Israélites: «Lorsque vos enfants demanderont un jour à leur père: ‘Que signifient ces pierres?’ vous les instruirez en disant: ‘Israël a passé le Jourdain que voici à pied sec.’ Oui, l’Eternel, votre Dieu, a asséché devant vous l’eau du Jourdain jusqu’à ce que vous soyez passés, tout comme il l’avait fait à la mer des Roseaux, qu’il a asséchée devant nous jusqu’à ce que nous soyons passés. Ainsi, tous les peuples de la terre sauront que la main de l’Eternel est puissante et vous craindrez toujours l’Eternel, votre Dieu.»

La transmission est donc non seulement un sujet majeur du texte biblique lui-même, mais également dans l’histoire du judaïsme en général. L’importance accordée à la préservation des savoirs et des éléments de la culture juive en est le meilleur témoin.

Devoir moral

Caractéristique importante de la Bible Hébraïque, le souvenir de la souffrance n’est pas une honte mais doit être associé avec une éthique. Un peu comme une sorte de morale. Et notamment en souvenir des souffrances et de l’esclavage en Égypte, évoqué plus haut. On peut tout d’abord citer à cet effet le verset 9 du chapitre 23 de l’Exode ou « Noms » ou Shemot (שמות) :

»Tu n’opprimeras pas l’étranger. Vous-mêmes, vous savez ce qu’éprouve l’étranger car vous avez été étrangers en Egypte.

C’est un trait fréquent du texte biblique : utiliser les actes ou traits d’autres populations, et les transformer en marqueur de différenciation entre les Hébreux et les autres peuples. Un sujet qui n’est pas seulement éthique dans la Bible Hébraïque, mais aussi religieux ou alimentaire. Sur ce thème, on peut aussi citer les chapitres 5 et 24 du Deutéronome ou « Paroles » ou Devarim (דברים) :

Tu te souviendras que tu as été esclave en Egypte et que l’Eternel, ton Dieu, t’en a fait sortir avec puissance et force. Voilà pourquoi l’Eternel, ton Dieu, t’a ordonné de respecter le jour du repos.

Deutéronome 5

Quand tu vendangeras ta vigne, tu ne retourneras pas cueillir les grappes qui y seront restées. Elles seront pour l’étranger, pour l’orphelin et pour la veuve. Tu te souviendras que tu as été esclave en Egypte. Voilà pourquoi je te donne ces commandements à mettre en pratique.

Deutéronome 24

Sur le sujet de la honte, le texte se sert justement des souvenirs de défaites ou traumatismes sévères comme autant d’occasions pour un rappel de hauteur morale du peuple Israélite, en comparaison de ses voisins. Une façon d’en inverser le sens et de rappeler l’importance d’un certain nombre de valeurs :

»Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek sur le chemin de votre sortie d’Egypte, la façon dont il est venu à ta rencontre sur ton parcours et, sans aucune crainte de Dieu, est tombé par-derrière sur toi, sur tous ceux qui se traînaient les derniers, pendant que tu étais toi-même fatigué et épuisé.

Deutéronome 25

Dans le texte biblique, la souffrance et même la honte, deviennent finalement des sources d’enseignements éthiques majeurs pour le peuple Hébreu. On appellerait cela, pour employer un terme moderne, une forme de réélaboration. Le texte biblique procède de deux façons sur ce sujet, si l’on peut s’exprimer ainsi. D’abord par « inversion de la honte » comme avec le récit d’Amalek : ce n’est pas la défaite qui fut honteuse, c’est aux Israélites de ne pas imiter son comportement. Puis par création d’une forme de solidarité obligatoire avec les personnes en situation de souffrance ou de difficulté, comme un écho à l’abandon puis au sauvetage du peuple hébreu en Égypte.

Défilé pour Pourim en 1985 — Efi Sharir / Dan Hadani collection / National Library of Israel / The Pritzker Family National Photography Collection, CC BY 4.0

Se souvenir et traverser

La Bible Hébraïque regorge de situations où l’on se souvient. Des moments qui impliquent notamment pour les personnages de traverser la blessure sans la nier, si l’on souhaite employer des concepts similaires à la psychologie moderne. Comme par exemple avec Joseph qui pardonne à ses frères au chapitre 50 verset 20 de la Genèse ou « Au commencement » ou Bereshit (בראשית) :

Vous aviez projeté de me faire du mal, Dieu l’a changé en bien pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux.

Pris de jalousie, ses frères avaient simulé sa mort et l’avaient vendu à une caravane de passage dans le désert : c’est lui qui finit par leur ouvrir les portes de l’Egypte au cours d’une terrible famine en Canaan. Le texte biblique associe presque toujours la souffrance avec l’espoir, la reconstruction et parfois des formes de réconciliation. On peut citer ainsi le livre d’Ezéchiel ou Yehezqel (יְחֶזְקֵאל) au chapitre 37, où le pire (au propre comme au figuré) côtoie malgré tout la promesse d’un renouveau :

J’ai prophétisé conformément à l’ordre qu’il m’avait donné. Alors l’Esprit est entré en eux et ils ont repris vie, puis ils se sont tenus sur leurs pieds. C’était une armée nombreuse, très nombreuse. Il m’a dit: «Fils de l’homme, ces ossements, c’est toute la communauté d’Israël. Ils affirment: ‘Nos os sont desséchés, notre espérance est détruite, nous sommes anéantis!’ C’est pourquoi, prophétise! Tu leur annonceras: ‘Voici ce que dit le Seigneur, l’Eternel: Je vais ouvrir vos tombes et je vous en ferai sortir, vous qui êtes mon peuple, et je vous ramènerai sur le territoire d’Israël.

La Bible Hébraïque se fait presque un devoir de toujours inciter à la reconstruction, ou du moins au renouveau. Notamment par écho avec les saisons et le monde agricole. On peut tout d’abord citer les versets « agricoles » des Psaumes ou Tehilim (תְהִלִּים) au chapitre 126, et du livre des Proverbes ou Mishlei (מִשְׁלֵי) au chapitre 12 :

Ceux qui sèment avec larmes moissonneront dans la joie, celui qui marche en pleurant avec un sac de semence reviendra avec joie en portant ses gerbes.

Psaumes 126

 Celui qui cultive son terrain est rassasié de pain, mais celui qui poursuit des réalités sans valeur manque de bon sens.

Proverbes 12

Ou évoquer le sujet de la reconstruction matérielle, discutée de façon littérale dans le livre de Jérémie ou Yrmeyahou (יִרְמְיָהוּ) au chapitre 29 :

Voici ce que dit l’Eternel, le maître de l’univers, le Dieu d’Israël, à tous les exilés que j’ai emmenés de Jérusalem à Babylone: Construisez des maisons et habitez-les, plantez des jardins et mangez-en les fruits!

Cette promesse de retour sur la terre promise, malgré les épreuves, a longtemps constitué un socle majeur de l’identité juive. Une promesse longtemps différée.

Lamentations ou Eikha (אֵיכָה) : un point de jonction ?

Les célèbres Lamentations attribuées à Jérémie par la tradition, après leur litanie de souffrance, de deuil et de destruction, comportent ce verset au chapitre 3 :

Voici ce que je veux méditer pour garder espoir: les bontés de l’Eternel ne sont pas épuisées, ses compassions ne prennent pas fin; elles se renouvellent chaque matin. Que ta fidélité est grande!

Pour ouvrir la réflexion, faut-il voir les Lamentations comme une sorte de point de jonction de l’ensemble des éléments évoqués avant ? Le livre des Lamentations possède cette particularité d’emprunter au genre littéraire des lamentations très pratiqué par les Sumériens et d’autres peuples après eux de la Mésopotamie. Ce verset contraste avec le reste du texte presque tout entier tourné vers la souffrance, la pénitence et le deuil. On peut y voir l’incarnation d’une forme de quasi obstination dans la promesse faite par Dieu aux Israélites de revenir sur leur terre, quoi qu’il puisse leur arriver. Une obstination poussée à son paroxysme dans les deux sens dans le livre des Lamentations : entre destruction et disparition quasi-totale de Jérusalem et du peuple, et espoir obstiné d’un renouveau et d’un accomplissement de la promesse biblique.

Tikkoun Olam et Emouna : la pratique

Dans la pratique plus quotidienne du judaïsme, ces concepts que nous appelons communément « devoir de mémoire » et « résilience » sont traduisibles dans la pratique juive avec les deux concepts suivants : Tikkoun Olam (תִּיקּוּן עוֹלָם) et Emouna (אֱמוּנָה). Le concept de Tikkoun Olam peut se définir ainsi :

Une expression hébraïque qui signifie « réparation du monde » ou « amélioration du monde » en français. Dans la tradition juive, elle exprime l’idée que chaque être humain a une responsabilité dans la construction d’un monde plus juste, plus humain et plus harmonieux. Tout d’abord sur le plan humain, comme le fait d’aider les personnes en difficulté et agir avec compassion. Egalement sur le plan social, comme le fait de lutter contre l’injustice, l’exclusion et la pauvreté. Mais aussi sur le plan spirituel par le fait de contribuer, par ses actes, à rendre le monde meilleur.

On peut définir l’Emouna de cette façon :

Il s’agit d’un mot hébreu qui peut signifier « foi », « confiance » et « fidélité ». Il ne s’agit pas seulement de croire en Dieu. L’Emouna désigne aussi une confiance profonde en Dieu, en la vie et en la possibilité de trouver un sens aux épreuves que l’on traverse. Comme pour le Tikkoun Olam, l’Emouna se réalise de plusieurs façons. D’abord sur le plan spirituel. Comme le fait d’avoir confiance en Dieu, même lorsque l’on ne comprend pas tout. De même que sur le plan personnel : rester fidèle à ses valeurs et avancer malgré les incertitudes. Et enfin, dans la vie quotidienne : agir avec confiance, sincérité et persévérance.

Ces deux concepts, dont les contours font évidemment encore aujourd’hui l’objet de nombreux débats dans le monde juif, constituent le socle conceptuel de la pratique sociale et philosophique du devoir de mémoire pour de nombreux juifs aujourd’hui. Qu’ils soient pratiquants ou non.

Sur le plan religieux, cela se traduit en actes par plusieurs moments importants pour les juifs comme leurs communautés. Notamment le Shabbat Zakhor (שבת זכור) : qui précède la fête de Pourim. Fête d’institution rabbinique (car elle ne trouve pas ses origines dans les cinq premiers livres de la Bible Hébraïque dénommée Torah) pour célébrer le sauvetage du peuple juif, relaté dans le livre d’Esther, par la reine du même nom qui intercédera auprès du souverain Perse pour sauver son peuple. On lit justement à la synagogue la section qui parle d’Amalek et qui évoque son agression contre les Hébreux. Haman, le conseiller du roi Perse qui voulait organiser le massacre des juifs, est considéré comme un descendant d’Amalek.

Famille juive yéménite à table — 1947

Réflexions modernes et débats

Plusieurs choses vont venir questionner de manière profonde ces sujets au sein du judaïsme. Tout d’abord, la grande phase d’assimilation et de normalisation des relations avec les communautés juives en Europe dans les décennies qui suivent la Révolution Française. En relative autarcie, ces communautés reçoivent progressivement la nationalité des Etats où elles vivent, une égalité de droits et des influences scientifiques/philosophiques. Tous ces événements transforment déjà profondément le rapport des juifs à leur propre mémoire, dont le traitement reçoit des influences extérieures. Les évènements qui se dérouleront pendant et après la Seconde Guerre Mondiale vont ajouter d’autres questions philosophiques, éthiques et spirituelles à de nombreux juifs.

Quel sens donner à ce qui ne peut pas en avoir ? Et se souvenir de quoi ? C’est dans ce contexte de questionnement que paraît en 1982 le livre « Zakhor : Histoire juive et mémoire juive » écrit par l’historien américain Yosef Hayim Yerushalmi. Le livre tente de répondre à une question que l’on pourrait exprimer ainsi : que veulent les juifs pour leur propre mémoire et leur propre Histoire ? Un livre qui explore le passage d’une mémoire juive rituelle à l’historiographie moderne.

L’ouvrage de Yosef Hayim Yerushalmi pose un constat sur la notion de mémoire dans le judaïsme : le choix d’une mémoire principalement religieuse (rituels, coutumes, prières…) au détriment d’une culture mémorielle historique. Avec ses outils, règles et méthodes, et surtout son besoin d’objectivité et de critique. Un thème qui rentre d’ailleurs en contact avec les débats, dans le monde juif mais pas seulement, sur la place des outils critiques modernes à l’égard des textes religieux. Concernant le texte biblique, et plus particulièrement la Bible Hébraïque, le problème est devenu parfois criant : le texte fondateur du judaïsme a longtemps été analysé avec des outils critiques, issus de personnes elles-mêmes totalement extérieures et étrangères à la tradition juive. Une situation où existe un risque important pour le judaïsme : celui de se retrouver dans une situation où un juif peut être détenteur de la mémoire religieuse juive, mais voir ses textes (dont le texte biblique) soumis à une culture mémorielle critique extérieure.

Une situation parfois contradictoire. Les sujets mémoriels, notamment ceux liés à la mémoire des persécutions, ont fait l’objet d’un véritable travail de réflexion historique et critique de la part du monde juif. Mais la critique biblique juive est restée longtemps en retrait, malgré des réflexions historiques comme avec la Wissenschaft des Judentums début du 19ème siècle et jusqu’au milieu du 20ème siècle. C’est une initiative que l’on pourrait qualifier de révolutionnaire à l’époque dans le monde juif, avec une volonté nette d’introduire des critères exclusivement scientifiques pour l’étude du texte.

Initiative à laquelle il sera pourtant reproché un aspect trop académique voire rabbinique, et parfois aussi une certaine fermeture sur de nombreux angles de la culture juive dont la mystique, et un oubli sur la place des femmes. Elle évitera également de questionner le Pentateuque ou la Torah (תוֹרָה). La Wissenschaft des Judentums se heurte aux craintes des juifs les plus pratiquants, et le mouvement sera touché par les conséquences de la Seconde Guerre Mondiale en Europe. Il existe aujourd’hui toute une école de la lecture critique au sein du monde juif avec des auteurs comme :

  • Yehezkel Kaufmann (1889-1963) : il introduit une première rupture majeure dans la lecture historico-critique du texte, à savoir que le monothéisme serait une avancée révolutionnaire du judaïsme et non une simple évolution progressive; idée développée dans son ouvrage « Connaître la Bible » paru en 1972
  • Umberto Cassuto (1883-1951) : qui contestera l’Hypothèse Documentaire dans son célèbre ouvrage « L’Hypothèse documentaire » (1941)
  • Nahum Sarna (1923-2005) : qui mettra en avant l’importance de l’arrière-plan culturel de la Mésopotamie dans la compréhension du texte biblique
  • Emmanuel Tov (né en 1941) : qui a grandement contribué à l’analyse textuelle du texte biblique

Un sujet qui se heurte toujours au fait que la pensée juive privilégie la dynamique de l’interprétation à l’aune des évolutions, et moins une analyse historico-critique. Un sujet d’ailleurs de débats entre courants du judaïsme sur ce qui est souhaitable ou non en termes de réflexion critique, mais aussi d’adaptation du texte et des pratiques à la modernité. Le judaïsme a offert au monde un livre majeur pour au moins une autre religion, et pour de nombreuses autres personnes. Pourtant, la critique juive de ce livre existe, mais reste minoritaire et contestée dans les milieux religieux. Actualiser le texte ou l’étudier de façon critique ? Tel est l’enjeu de nombreux débats dans le monde juif.

Conclusions

Des versets qui appellent à raconter à ses enfants jusqu’au Shabbat Zakhor, la Bible hébraïque fait de la mémoire un devoir à la fois transmis, moral et porteur d’espérance, mais aussi de sens. Une réflexion que prolongent aujourd’hui les concepts juifs de Tikkoun Olam et d’Emouna. Finalement, pour ouvrir la réflexion : qu’est-ce que le judaïsme, et les juifs en général, peuvent dire et offrir au monde sur ces sujets ? Quant à la mémoire comprise comme une discipline objective et critique, elle reste un chantier toujours ouvert pour le monde juif.

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