Le Tanakh (תָּנָ״ךְ‎) (Bible Hébraïque) ou Ancien Testament

Dans cet article je vous propose de découvrir en détail le Tanakh (תָּנָ״ךְ‎) (Bible Hébraïque) dans le judaïsme ou Ancien Testament chez les chrétiens. Nous verrons donc d’abord de quoi il s’agit, puis quelle est son histoire et contexte d’apparition, et enfin nous découvrirons chacun des livres de la Bible Hébraïque avec un court résumé.

  1. Qu’est-ce que que le Tanakh (תָּנָ״ךְ) (Bible Hébraïque) ou Ancien Testament ?
  2. Datation, composition et contexte historique
    1. Datation et langue d’écriture
    2. Le canon hébraïque et les traductions
    3. Le Tanakh et l’archéologie
    4. Contexte géopolitique et histoire de la région
  3. Synthèse générale
  4. Quelques ouvrages à lire
  5. Choix rédactionnels
  6. Le Pentateuque ou la Torah (תוֹרָה)
    1. Genèse ou « Au commencement » ou Bereshit (בראשית)
    2. Exode ou « Noms » ou Shemot (שמות)
    3. Lévitique ou « Et il appela » ou Vayiqra (ויקרא)
    4. Nombres ou « Dans le désert » ou Bamidbar (במדבר)
    5. Deutéronome ou « Paroles » ou Devarim (דברים)
  7. Les Prophètes ou Neviim (נביאים)
    1. Prophètes antérieurs ou Neviim rishonim (נביאים ראשונים)
      1. Josué ou Yehoshoua (יְהוֹשֻעַ)
      2. Juges ou Shoftim (שֹׁפְטִים)
      3. Samuel ou Shemouel (שְׁמוּאֵל)
      4. Rois ou Melakhim (מְלָכִים)
    2. Prophètes postérieurs ou Neviim aharonim (נביאים אחרונים)
      1. Isaïe ou Yeshayahou (יְשַׁעְיָהוּ)
      2. Jérémie ou Yrmeyahou (יִרְמְיָהוּ)
      3. Ezéchiel ou Yehezqel (יְחֶזְקֵאל)
    3. Les 12 petits prophètes ou Trei Asar (תרי עשר)
      1. Osée ou Hoshéa (הוֹשֵׁעַ)
      2. Joël ou Yoël (יוֹאֵל)
      3. Amos (עָמוֹס)
      4. Abdias ou Ovadia (עֹבַדְיָה)
      5. Jonas ou Yona (יוֹנָה)
      6. Michée ou Mikha (מִיכָה)
      7. Nahum ou Nahoum (נַחוּם)
      8. Habacuc ou Havaqouq (חֲבַקּוּק)
      9. Sophonie ou Tsephania (צְפַנְיָה)
      10. Aggée ou Haggaï (חַגַּי)
      11. Zacharie ou Zekharia (זְכַרְיָה)
      12. Malachie ou Malakhi (מַלְאָכִי)
  8. Les Autres Écrits ou Ketouvim (כתובים)
    1. Ecrits antérieurs ou Sifrei Emet (ספרי אמת)
      1. Psaumes ou Tehilim (תְהִלִּים)
      2. Proverbes ou Mishlei (מִשְׁלֵי)
      3. Job ou Iyov (אִיּוֹב)
    2. Cinq rouleaux ou Hamesh Megilloth (חמש מגילות)
      1. Cantique des Cantiques ou Shir Hashirim (שִׁיר הַשִּׁירִים)
      2. Ruth ou Routh (רוּת)
      3. Lamentations ou Eikha (אֵיכָה)
      4. Ecclésiaste ou Qohelet (קֹהֶלֶת)
      5. Esther (אֶסְתֵר)
    3. Ecrits postérieurs
      1. Daniel (דָּנִיֵּאל)
      2. Esdras et Néhémie ou Ezra-Nehemia (עֶזְרָא)
      3. Chroniques ou Divrei Hayamim (דִּבְרֵי הַיָּמִים)
  9. Récapitulatif des grands personnages
  10. Brève introduction au Talmud (תַּלְמוּד)‎
  11. Conclusions

Qu’est-ce que que le Tanakh (תָּנָ״ךְ) (Bible Hébraïque) ou Ancien Testament ?

L’Ancien Testament ou Tanakh (généralement prononcé Tanar mais aussi Tanak, et qui s’écrit en hébreu תָּנָ״ךְ) est le nom de la Bible Hébraïque qui regroupe la Torah (la Loi ou Pentateuque), les Neviim (les Prophètes) et les Ketouvim (les Autres Écrits ou Hagiographes). Ces trois ensembles s’écrivent respectivement en hébreu (attention, je vais écrire ici de droite à gauche comme en hébreu, donc d’abord la Torah, puis les Neviim et enfin les Ketouvim) : תוֹרָה – נביאים – כתובים. Soit les trois premières lettres : תנ״ך. La dernière lettre correspond à la lettre Khaf (כ) qui s’écrit ך en position finale. Et les ״ correspondent à une abréviation. D’où l’abréviation Tanakh (תָּנָ״ךְ avec les points-voyelles pour la prononciation) qui correspond aux premières lettres des trois grands ensembles qui composent la Bible Hébraïque ou Ancien Testament. Dans cet article, je fais le choix ici d’utiliser majoritairement les termes Tanakh/Bible Hébraïque pour désigner l’Ancien Testament. Le Tanakh correspond plus ou moins à l’Ancien Testament chrétien dans la mesure où l’ordre des livres et l’arrangement ne sont pas similaires. Les auteurs du Tanakh (où plutôt doit-on parler des probables scribes ayant consignés par écrits les paroles des différents personnages de leur temps) sont anonymes, on ne connaît pas leurs noms. Il est constitué de 24 livres : 5 pour la Torah, 8 pour les Prophètes et 11 pour les Autres Ecrits. Les trois grands ensembles (Torah, Neviim et Ketouvim) sont subdivisés de cette façon :

  • La Torah : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome
  • Les Prophètes (Neviim) : Josué, Juges, Samuel, Rois, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel puis les 12 petits prophètes (« petits » au sens de la taille des livres) : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie
  • Les Autres Ecrits (Ketouvim) : Psaumes, Proverbes, Job, Cantique des Cantiques, Ruth, Lamentations, Ecclésiaste, Esther, Daniel, Esdras, Néhémie et les Chroniques

A ces livres, il faut ajouter toute une liste de livres qui sont aujourd’hui considérés comme définitivement perdus mais qui sont mentionnés dans la Bible Hébraïque. En voici quelques uns avec le nom du livre et le livre du canon hébraïque qui y fait référence :

  • Le livre des Guerres de l’Éternel (Nombres)
  • Le Livre des Chroniques des rois d’Israël (Rois)
  • Le Livre des Chroniques des rois de Juda (Rois)
  • Le Livre de l’Alliance (Exode, Rois)
  • Le Livre des Actes de Salomon (Rois) 
  • Chroniques du Roi David (Chroniques) 

Il existe aussi une version grecque, dite de la Septante. Selon la tradition, la traduction aurait été réalisée par 72 personnes, d’où le nom de Septante. Il faut remettre cette traduction dans le contexte historique où elle fut rédigé. En effet, de nombreux israélites ne parlaient plus l’hébreu dans un contexte d’hellénisation croissante de la région mais voulaient quand même avoir accès au texte sacré. L’histoire vient de ce qu’on appelle la Lettre d’Aristée, qui raconte que la traduction a été réalisée par 72 traducteurs à Alexandrie vers 270 avant JC. L’ordre des livres est différent et correspond à celui des bibles chrétiennes pour l’Ancien Testament :

  • Pentateuque: Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.
  • Livres historiques: Josué, Juges, Ruth, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois, 1 et 2 Chroniques, Esdras, Néhémie, Esther.
  • Livres poétiques: Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des cantiques.
  • Livres prophétiques: Esaïe, Jérémie, Lamentations, Ezéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habakuk, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.

Notez qu’à la différence du Tanakh plusieurs livres sont ici découpés en deux comme Samuel, Rois et Chroniques. Le découpage de ces livres date essentiellement de la Septante. Autre différence importante, le Tanakh doit être vu comme un ensemble « fini », alors que le terme d’Ancien Testament appelle justement un complément qui est le Nouveau Testament. Si le sujet des différences de lecture de la Bible Hébraïque entre les traditions chrétiennes et le judaïsme vous intéresse, je vous invite à lire mon article « Une lecture comparative de la Bible Hébraïque, entre judaïsme et christianisme » où j’aborde en détail les différences d’interprétation entre christianisme et judaïsme.

Datation, composition et contexte historique

Datation et langue d’écriture

Dater la composition du Tanakh est une entreprise difficile, et on s’accorde généralement pour dire que la composition date d’entre le 13ème siècle et le 2ème siècle avant JC, avec une « mise en forme » définitive au 2ème siècle après JC. L’anonymat des éditeurs n’aide pas non plus à dater et comprendre la composition du Tanakh. Les chercheurs s’accordent toutefois pour dire que l’ordre de rédaction des livres du Tanakh ne correspond pas forcément à l’ordre dans lequel ces livres sont aujourd’hui présentés. Même si cela est du ressort de l’hypothèse (faute de sources fiables), on s’accorde pour dater les textes de la façon suivante :

  • 13ème siècle à 745 avant JC : Cantique de la Mer (Exode), Psaume 29, Cantique de Déborah (Juges) et Cantique de Moïse (Deutéronome)
  • 745 à 587 avant JC : Amos, Osée, Michée, Nahum, Sophonie et Habacuc, début de rédaction des livres dits « historiques » (Josué, Juges, Samuel, Rois), débuts de la rédaction du livre d’Isaïe, premiers écrits du Deutéronome
  • 586 à 539 avant JC : Abdias, Jérémie, Ezechiel, Lamentations de Jérémie, fin de la rédaction des livres dits « historiques », nouveaux ajouts au Deutéronome, compilation des Psaumes
  • 538 à 332 avant JC : Agée, Zacharie, Joël, Chroniques, Esdras-Néhémie, version finale des textes de la Torah (Genèse, Exode, Nombres, Lévitique et Deutéronome), fin de la rédaction d’Isaïe
  • 331 à 164 avant JC : Job, Ecclésiaste, Cantique des Cantiques, Jonas, Daniel, Esther, Ruth, fin de la rédaction du livre des Psaumes

Le Tanakh possède la caractéristique d’avoir a été écrit en hébreu ainsi qu’en araméen dans certains passages. Ainsi, on trouve de l’araméen dans les livres d’Ezéchiel, Daniel, Jérémie et Genèse. L’hébreu est une langue dont l’existence est attestée depuis plusieurs millénaires, et fait partie des langues dites « sémitiques ». Ces langues ont pour berceau le Proche et Moyen-Orient. On peut ainsi citer : l’hébreu bien entendu, l’arabe, l’éthiopien ou encore le néo-araméen. On distingue trois groupes de langues comme expliqué sur le site de l’Université de Genève dans sa rubrique dédiée à la théologie :

  • Le groupe dit Nord-Est : on y trouve essentiellement l’akkadien, lui-même subdivisé en assyrien et babylonien
  • Le groupe dit Nord-Ouest : on y trouve l’éblaite, l’ougaritique, l’araméen et la cananéen, qui comporte lui même plusieurs langues comme le phénicien-punique, le moabite, l’amorite, l’édomite ainsi que l’hébreu
  • Le groupe dit Sud : on y trouve principalement l’arabe ainsi que l’éthiopien

Les langues sémitiques partagent plusieurs caractéristiques, en voici quelques unes :

  • Les mots sont formés d’une racine consonantique, généralement trois consonnes
  • Les langues sémitiques possèdent un vocabulaire commun
  • Peu de termes hébreux sont passés dans la langue française
  • Les temps ne sont pas définis de manière aussi précise que dans notre langue
Alphabet hébraïque (Wikimedia)

Faire une histoire de l’hébreu n’est pas l’objectif de cet article, mais on peut résumer quelques caractéristiques essentielles de l’hébreu (comme expliqué dans l’ouvrage « Premiers pas en hébreu » aux éditions Larousse) :

  • L’hébreu est lu et écrit de droite à gauche
  • L’alphabet hébreu est composé de 22 lettres qui sont des consonnes
  • L’hébreu possède deux systèmes d’écriture : les caractères imprimés et l’écriture dite cursive
  • Il n’y a pas de majuscules
  • Les lettres ne sont jamais attachées les unes aux autres
  • Le système des voyelles est un ajout tardif à l’écriture hébreu dans le but de pouvoir conserver et lire les textes en hébreu
  • Tous les mots en hébreu dérivent en général d’une racine de trois lettres

Pour aller un peu plus loin sur l’hébreu, je vous propose de consulter la page suivante où je publie une brève introduction à l’hébreu : alphabet, prononciation, exemples bibliques/liturgiques… Notons quand même quelques faits historiques concernant l’hébreu. On date les premiers textes en hébreu du 10ème siècle avant JC. On parle alors de paléo-hébreu. L’écriture est évidemment différente de celle de l’hébreu moderne. Notons également que plusieurs formes d’hébreux se côtoient dans le Tanakh dans la mesure où le texte est composé sur plusieurs siècles. On distingue d’ailleurs l’hébreu moderne de l’hébreu biblique (même si il s’agit bien entendu de la même langue, mais des différences entre les deux nécessitent de les distinguer).

Alphabet Paléo-Hébreu, ancêtre de l’Hébreu moderne (w1k0, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

Le canon hébraïque et les traductions

Le texte qui sert, si on peut dire, de base à la constitution du canon (mot qui vient grec ancien κανών (prononcé kanon) et qui veut dire « règle ») Hébraïque (soit la liste définitivement admise des textes) est le texte dit Massorétique. Ce texte est semble-t-il « fixé » au 1er siècle avant JC sous la forme d’un « proto-massorétique » (ou « premier massorétique »). On pense que le Tanakh a atteint sa forme définitive vers le 2ème siècle après JC. La copie complète la plus ancienne s’appelle le Codex de Léningrad et date du 10ème siècle. Il en existe d’autres mais qui ne font pas autant l’unanimité ou sont dans un état trop fragmentaire pour être utilisés, citons par exemple le Codex d’Alep, Codex Sassoon, Codex Cairensis, ou encore le Pentateuque de Damas. Mentionnons la famille Ben Asher qui a développé le système tibérien, qui a fini par s’imposer et fixer ainsi le canon Massorétique qui est utilisé aujourd’hui dans les synagogues. C’est le texte Massorétique qui sert encore de base à de nombreuses traductions de la Bible. C’est par exemple le cas de la traduction dite oecuménique de la Bible en 1975 (pour expliquer de quoi il s’agit, la traduction oecuménique se veut comme une traduction qui respecte l’ensemble des sensibilités religieuses). Quel est l’intérêt du texte Massorétique ? Pour faire simple, le texte hébreu original ne contenait que les consonnes sans les voyelles. Un texte avec seulement des consonnes pouvait conduire à des ambiguïtés quant au sens des termes. Les massorétes (ceux qui ont élaboré le texte Massorétique) ont donc mis au point tout un système de vocalisation pour conserver le sens précis des termes. Plusieurs traductions du Tanakh se sont côtoyées à travers le temps, parmi les plus célèbres on peut citer :

  • La traduction grecque de la Septante dont nous avons déjà parlé plus haut
  • La Vulgate, traduction latine réalisée par Jérôme, c’est sans doute une des traductions les plus célèbres
  • Les traductions coptes, syriaques, arméniennes etc…

Pour conclure sur cette partie, parlons du fait qu’il existe aujourd’hui différents regards sur la façon dont le Tanakh a pu être élaboré. Voici quatre approches et la façon dont elles peuvent influencer le rapport au texte (des approches qui parfois sont en opposition, et d’autres fois se complétent) :

  • Pour les plus croyants, le Tanakh est une oeuvre divine qui a pu éventuellement être mise par écrit par des hommes, mais qui garde quand même son caractère révélé. Cette approche est généralement fermée à la lecture historico-critique des textes et réfute souvent les découvertes archéologiques qui peuvent parfois mettre à mal le récit biblique
  • Pour des croyants plus « libéraux » et ouverts à l’analyse que l’on qualifie d’historico-critique, le Tanakh est une oeuvre divine mais composée par des hommes, une analyse critique est donc permise
  • Dans les milieux académiques, on a longtemps retenu l’approche nommée « hypothèse documentaire » aujourd’hui abandonnée, et qui consistait à dire (de façon très résumé) que la Bible Hébraïque était le fruit de l’assemblage du travail de plusieurs groupes distincts dont les influences sont perceptibles du fait notamment de l’usage de plusieurs noms distincts pour désigner Dieu (Yahvé, Elohim etc…)
  • Aujourd’hui, on a tendance à adopter une approche plus globale du texte en tenant compte notamment des découvertes archéologiques comme les Manuscrits de la Mer morte dont je parle plus tard et dont nous n’avions pas connaissance à l’époque où fut élaboré l’ »hypothèse documentaire ». On reconnait donc aujourd’hui deux autres théories : celle des fragments qui consiste à dire que plusieurs sources indépendantes furent regroupées avec une ou plusieurs rédactions, et celle dite des compléments qui postule qu’un document de base fut amendé de nombreuses fois

Comme la théorie dite « hypothèse documentaire » à longtemps dominée le secteur de l’analyse des textes bibliques, je propose ici un tableau récapitulatif des documents avec leur auteur probable :

DocumentDate approximativeAuteur probable
YAHVISTE (J)Xème siècle avant JCFavorable à la monarchie en Israël
ELOHISTE (E)IXème ou VIIème siècle avant JCMoins favorable à la monarchie et plus influencé par le courant prophétique
DEUTÉRONOME (D)Fin du VIIème siècle avant JCProbable législateur
SACERDOTAL (P)VIème siècle avant JCPrêtres exilés

Il est à noter qu’aujourd’hui aucune approche ne fait forcément l’unanimité, notamment au regard des découvertes archéologiques plus récentes dont nous allons parler juste après, raison pour laquelle je mentionne l’ensemble des approches possibles quant à la composition du texte.

Le Tanakh et l’archéologie

Certaines découvertes archéologiques permettent de mieux cerner le processus de canonisation du texte du Tanakh, ou du moins de valider le travail du texte Massorétique. C’est le cas par exemple des Manuscrits de la Mer Morte découverts principalement entre 1949 et 1956. Il s’agit d’une collection de plusieurs dizaines de milliers de fragments répartis à travers 885 rouleaux. Seuls 215 d’entre eux sont des textes bibliques. Ces textes (ou plutôt fragments, à l’exception du grand rouleau d’Isaïe ou Yeshayahou), probablement copiés entre le 3ème siècle avant JC et le 1er siècle après JC contiennent des variations relativement infimes par rapport au texte Massorétique. Cela prouve à la fois une certaine stabilité du texte (et cela confirme la validité du texte Massorétique), et cela prouve aussi qu’il y a sans doute eu plusieurs versions des textes en circulation, jusqu’à ce qu’une décision soit prise d’opter pour l’une plutôt que l’autre. L’autre point notable avec les Manuscrits de la Mer Morte, c’est la découverte de nombreux textes considérés comme apocryphes, ce qui permet de supposer que le groupe religieux à l’origine de ces manuscrits pouvait s’appuyer sur une large littérature. C’est ce processus de canonisation qu’il est aujourd’hui difficile d’expliquer définitivement faute de sources suffisantes. Dans la tradition juive, notons toutefois que l’on mentionne l’existence d’un Conseil de Yavné qui se serait regroupé aux alentours du 1er siècle après JC dans la ville du même nom pour déterminer l’appartenance de certains livres au canon biblique, mais cette thèse n’est pas étayée par les recherches académiques. Concernant les Manuscrits de la Mer Morte, je vous recommande la lecture de l’ouvrage « Les manuscrits de la mer morte » par Michael Wise, Martin Abegg et Edward Cook.

Photographie du rouleau du livre des Psaumes ou Tehilim (תְהִלִּים)

Retenons ici quelques faits essentiels. Les langues d’écriture sont l’hébreu et parfois l’araméen pour certains passages. L’hébreu est une langue sémitique qui trouve ses racines dans le Proche et le Moyen-Orient. Une première version du texte canonique est sans doute apparue vers le 1er siècle avant JC comme en témoignent les Manuscrits de la Mer Morte.

Contexte géopolitique et histoire de la région

Maintenant que nous avons vu le contexte linguistique et abordé sommairement le processus de canonisation des Ecritures, il faut aussi aborder le contexte géopolitique dans lequel a émergé le Tanakh. La région du Proche et Moyen-Orient ancien est aujourd’hui considérée comme le berceau de l’agriculture, de l’écriture et de la sédentarisation avec les grandes civilisations dites « mésopotamiennes » dont la plus célèbre est la civilisation sumérienne, considérée comme la première civilisation humaine et dont la langue (le sumérien, qui est aujourd’hui une langue morte) possède la caractéristique d’être un isolat linguistique. Ce qui signifie qu’en l’état des connaissances scientifiques actuelles il est impossible de la lier à d’autres langues, et que son origine est donc totalement inconnue. Ce n’est donc pas une langue sémitique, et elle sera d’ailleurs supplantée par l’akkadien (qui est elle est une langue sémitique) en perdant progressivement son statut de langue vernaculaire (pour devenir une langue réservée aux offices religieux et à l’écriture de certains textes) puis pour disparaître totalement. Je vous recommande à cet effet la lecture de l’ouvrage « L’histoire commence à Sumer » de Samuel Noah Kramer sur cette civilisation. D’autres grandes civilisations se sont succédées dans cette même région : l’empire Babylonien, l’Assyrie, l’empire Perse, l’empire Egyptien etc… Les rédacteurs du Tanakh n’étaient pas étrangers à ce contexte, bien au contraire. On peut aujourd’hui trouver des points communs (particulièrement sur la forme, même si le fond et les visées différent) entre des textes du Tanakh et des documents de l’époque. Par exemple, le mythe du Déluge est ainsi en commun avec l’épopée de Gilgamesh. On peut aussi citer les codes de lois du Tanakh qui partagent de nombreux points communs avec les codes légaux de l’époque comme le Code de Hammurabi ou encore les codes de lois médio-assyriens. La lecture de l’ouvrage anglais « Lamentation over the Destruction of Sumer and Ur » par Piotr Michalowski qui nous propose une traduction en anglais des lamentations sur la destruction de Sumer et Ur est un bon exemple de lamentations rédigées par les grandes civilisations de cette époque que l’on retrouve dans le Tanakh comme dans les Lamentations de Jérémie ou Eikha et qui partagent un style d’écriture commun. Dans mon article dédié à l’introduction à l’exégèse de la Bible Hébraïque, je détaille plus en avant cette notion de similitudes entre des textes du Proche et Moyen-Orient ancien et les textes de la Bible Hébraïque. Si inspiration il y a eu, il est important de préciser que la Bible Hébraïque se distingue des écrits de la région sur la même période par une théologie propre. En particulier, la croyance en un Dieu unique et indivisible. Il ne faut donc pas tomber dans ce que l’on appelle le pan-babylonisme qui consisterait à dire que la Bible Hébraïque ne serait qu’une adaptation des textes des grandes civilisations de la région. Voici une brève chronologie de la région qui permettra de mieux saisir le contexte général de l’époque :

  • -3400 à -2900, période d’Uruk récent : premier développement de l’écriture et apparition des premiers documents écrits
  • -2900 à -2340, les dynastiques archaïques : établissement des premières cités-Etats
  • -2340 à -2180, empire Akkadien : Sargon d’Akkad unifie l’ensemble des cités-Etats sous la forme d’un état uni, puis d’un empire sous l’impulsion de descendants comme Naram-Sin
  • -2180 à -2004, période néo-sumérienne : fragilisé par des attaques extérieures, l’empire Akkadien s’effondre. Les anciennes cités-Etats indépendantes reprennent leur liberté. Ce sont les rois de la dynastie d’Ur qui vont à nouveau les unifier
  • -2004 à -1595, période paléo-babylonienne : le territoire passe sous contrôle des Ammorites. Le premier empire Babylonien est fondé par Hammourabi, à qui on doit le Code de Hammourabi
  • -1595 à -1080, période médio-babylonienne : une dynastie est fondée par les Kassites qui va régner près de 400 ans. C’est l’époque d’apparition d’une rivalité entre le nord et le sud de la Mésopotamie
  • -911 à -609, période néo-assyrienne : l’empire Assyrien exerce son emprise sur tout le Proche-Orient
  • -620 à -539, période néo-babylonienne : Nabuchodonosor II est sans doute le monarque le plus célèbre de cette période, il reprend l’essentiel de l’empire Assyrien. C’est un empire extrêmement puissant pour l’époque, et la ville de Babylone est probablement une des plus prospères de son temps. Mais Babylone tombe en -539 aux mains des Perses
  •  -539 à -331, période achéménide : absorption de l’empire Babylonien par l’Empire Perse sous la conduite du roi Cyrus
  • -331 à -140, période séleucide : l’Empire Perse est conquis par Alexandre le Grand, puis passe sous le contrôle des Séleucides
  • -140 à l’an 224, période parthe puis romaine : les Parthes prennent la Mésopotamie aux Séleucides. Puis la région est ensuite conquise par l’Empire Romain
Situation géo-politique au 13ème-14ème siècle avant JC (Middle_East_topographic_map-blank.svg: Sémhur (d)derivative work: Zunkir (d), CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

L’histoire extrêmement riche de la région est un élément essentiel pour comprendre la façon dont le Tanakh a pu être composé. Sur la chute de Babylone, je vous recommande l’excellent ouvrage « La Chute de Babylone » par Francis JOANNÈS.

Statuette de taureau datant d’environ 2000 ans avant JC (Public domain, via Wikimedia Commons)

Il est donc important de rappeler que le texte du Tanakh est aussi le fruit d’un contexte géopolitique et historique particulier, en plus d’être le fruit d’un contexte linguistique; sans nier bien évidemment sa théologie et ses visées propres. Le Proche et Moyen-Orient ancien était dominé au Nord et au Sud-Ouest par de grands empires, respectivement l’Assyrie (puis la Babylonie et l’empire Perse) et l’Egypte. Ces deux grands pôles se sont longtemps affrontés pour le contrôle de la région, un empire en chassant un autre au fil des années. Les peuples (moins puissants et organisés que ces deux grandes puissances) qui occupaient ce territoire, dont les israélites, étaient donc soumis à une forte pression pour être vassalisé voir conquis par des conquêtes militaires violentes qui pouvaient se traduire par des déplacements forcés de population, mettant en péril la cohésion et donc la survie des peuples concernés. Chose dont le peuple hébreu sera d’ailleurs victime avec la chute de Samarie puis de Jérusalem qui se traduiront par la déportation forcée des élites israélites. Il y a donc probablement eu un besoin et une prise de conscience quasi existentielle pour les hébreux de l’époque de légitimer leur existence en tant que peuple à l’aide d’une collection de textes (rendant leur culture moins dépendante d’une assise géographique, et la liant au contraire à un texte qui lui est transportable et adaptable à toutes les régions du monde) et de se doter d’une culture et d’une histoire grandiose leur permettant (au moins sur le papier) de faire entendre leur voix face aux grandes puissances de l’époque et de pérenniser leurs traditions face aux grandes catastrophes. Vivant dans une région soumise aux caprices de grandes puissances et très largement polythéiste, les israélites de l’époque (et donc les rédacteurs de la Bible Hébraïque) ont su coucher sur le papier une série d’histoires, d’institutions et des règles propres leur permettant de se distinguer des autres peuples et donc de se maintenir à travers le temps. Le choix d’abord de choisir de mettre par écrits les mythes fondateurs, les lois et l’histoire des israélites quand la pratique de nombreux peuples étaient la transmission orale, assurant ainsi une transmission à travers le temps. Puis le choix du monothéisme qui a pu les protéger du syncrétisme religieux lors des déportations dans des territoires où l’on pratiquait le polythéisme. Ensuite, la mise en oeuvre de règles (notamment alimentaires et éthiques, ou encore la pratique de la circoncision) et rituels propres visant à profondément différencier les israélites des autres peuples. Enfin, la capacité des auteurs de la Bible Hébraïque à toujours réinterpréter et comprendre l’histoire à la lumière d’une foi strictement monothéiste, en interprétant par exemple les défaites militaires face à l’Assyrie et la Babylonie comme s’inscrivant dans un projet divin visant à punir le peuple de ses fautes (en particulier l’assimilation aux peuples environnants avec le pratique du polythéisme), mais avec toujours à la clé la promesse d’un retour sous la protection divine et la promesse inébranlable de posséder un jour (comme n’importe quel peuple) leur propre terre.

Étendard d’Ur réalisé vers 2500 avant JC, vue sur la partie dite « La guerre » (LeastCommonAncestor, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

Pour conclure, nous pouvons brièvement évoquer l’origine des hébreux dans le contexte du Proche et Moyen-Orient ancien. Si on s’en tient aux textes bibliques, les hébreux se seraient implanté en Egypte puis auraient décidé de migrer vers le pays de Canaan suite à leur rébellion contre l’autorité du Pharaon (évènements relatés dans les livres de la Genèse ou « Au commencement » ou Bereshit et l’Exode ou « Noms » ou Shemot). Cette histoire est parfois mise à mal par les traces archéologiques et documentaires (ou plutôt leur absence). En effet, nous n’avons pas retrouvé jusqu’à aujourd’hui de traces archéologiques ou documentaires d’une grande migration massive de tout un peuple (on parle de près de 3,5 millions de personnes d’après le texte biblique, sans compter le bétail) depuis l’Egypte jusqu’en Canaan. Un tel mouvement aurait forcément laissé des traces dans des documents égyptiens (sans parler de son impact économique) ainsi que des vestiges de campements dans le désert. Ensuite parce que certains faits rapportés dans l’Exode, comme l’existence d’un système d’esclavage massif en Egypte, ne correspondent pas aux informations dont nous disposons sur la période. On sait aussi que le récit de la conquête de Canaan relaté dans Josué ou Yehoshoua n’est étayé par aucune preuve archéologique de destructions massives (exemple avec la ville de Jericho qui était, à l’époque supposée des faits, déjà largement en déclin voir abandonnée). Faut-il en déduire pour autant que cette histoire est totalement inventée ? Pour répondre à cette question je propose de vous présenter deux théories qui amènent de possibles éléments de réponse. 

Ziggurat de Ur (Kaufingdude, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

La première consisterait à dire que les hébreux seraient les descendants d’un peuple sémite nommé les Hyksos qui aurait tenté de s’installer de force en Egypte notamment dans l’est du royaume, mais qui en aurait ensuite été chassé de force pour se replier vers le pays de Canaan. On a donc été parfois tenté de faire un rapprochement entre les hébreux de la Bible Hébraïque et ce peuple. Toutefois, on a du mal à expliquer pourquoi les Hyksos (si ce sont bien eux) auraient construit un récit national en se posant en victime des Egyptiens quand les faits historiques démontrent une attitude plutôt expansionniste et belliqueuse. De plus, l’invasion Hyksos s’inscrit dans le cadre du déclin progressif de l’empire Egyptien, alors que la Bible Hébraïque nous donne à voir l’Egypte au sommet de sa puissance.

Fresque représentant un orchestre royal Elamite (The Trustees of the British Museum, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

La seconde hypothèse est encore plus radicale : les hébreux vivaient depuis toujours en Canaan, ou tout du moins, n’étaient pas étranger à la culture de Canaan du fait de mouvements humains fréquents. Pour comprendre cette hypothèse, il faut savoir que l’empire Egyptien dominait une zone géographique allant des rives du Nil se prolongeant jusqu’aux frontières de l’actuel Liban. Il existait donc inévitablement des mouvements commerciaux et humains depuis Canaan vers l’Egypte, qui pourraient s’inscrire dans le cadre du récit biblique. Mais cela va changer avec l’arrivée des Peuples de la mer. Ce peuple aux origines mystérieuses et mal documentées aurait décidé de se lancer dans la conquête du Proche et Moyen-Orient. Engagés dans un long et difficile conflit avec ce peuple, les Egyptiens auraient alors décidé d’abandonner le contrôle du pays de Canaan pour se replier sur l’Egypte. Si les conséquences du passage des Peuples de la mer font l’objet de débat (notamment sur l’ampleur des destructions qui ne sont pas toujours avérées), on peut s’accorder sur le fait que les cités-états de Canaan ont connues une forme de déclin (qui s’inscrit dans le déclin constaté à l’époque sur la côte méditerranéenne du Levant). Cela aurait engendré un mouvement de la population sémite des plaines de Canaan vers les hautes terres de l’actuelle Israël, où une organisation peut-être plus communautaire et moins étatique aurait pris le dessus, alimentée peut-être par la venue de groupes semi-nomades venus du désert au sud et à l’ouest. Cela expliquerait pourquoi on ne trouve pas trace d’une conquête violente de Canaan, et pourquoi on retrouve des traces de petites communautés agricoles dispersées et organisées en cercle, et qui présentent la caractéristique notoire de ne pas avoir laissé d’ossements de porcs. Pour des raisons que nous ignorons, il y aurait ensuite un long processus consistant à amalgamer des peuples sémites différents au sein d’une identité commune embryonnaire.

Porte dite de Sargon II (Alemazzi, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

La troisième, si on peut parler de théorie, consiste à accepter d’adopter une voie médiane à l’égard du récit biblique. A savoir qu’il n’est ni totalement faux et ni totalement vrai, et que la vérité se situe probablement entre les deux. Il y a donc surement un fond de vérité historique, même minime, dans les histoires de la Bible Hébraïque concernant la naissance du peuple hébreu. Tout d’abord parce que nous avons souvent tendance avec notre regard moderne à attendre et projeter sur un document ancien relatant des évènements, à priori historiques, des attentes qui n’étaient pas celles des auteurs de l’époque. On sait aujourd’hui que de nombreux documents « historiques » anciens avaient souvent des visées politico-religieuses visant parfois à légitimer un roi, des conquêtes ou la propriété d’un territoire, au détriment des vérités archéologiques ou humaines. Ensuite parce que le processus inhérent à l’écriture de la Bible Hébraïque s’est étalé sur des décennies voir des siècles, et bien après la date possible de survenue des évènements décrits. Des histoires réelles (comme une possible migration progressive de petits groupes sémites depuis d’Egypte jusqu’en Canaan, sous la forme d’un aller retour un peu similaire à celui décrit dans la Bible Hébraïque) auraient pu subir une déformation du fait d’une transmission orale au point de se transformer en une migration de plusieurs millions de personnes. Cette approche, même si elle offre plus de questions que de réponses, a l’avantage de ne pas réfuter l’ensemble du texte (ni de l’accepter comme « argent comptant » sans recul critique) et adopter une approche plus fine visant à extraire ce qui pourrait se rapprocher d’une vérité historique et archéologique. Ainsi, si on reprend notre exemple concernant l’Exode, le fait que les israélites aient mis en place deux fêtes liées à cette histoire, à savoir Pessah pour célébrer le repas pris par les israélites avant leur départ précipité d’Egypte et Soukkot pour commémorer les années de tribulations dans le désert, supposent l’existence d’un fond historique même minime. En effet, on imagine mal un peuple célébrer un évènement, qui à défaut de preuves historiques et archéologiques tangibles, n’évoquerait pas à minima un souvenir commun aussi lointain et amplifié soit-il.

Tablette cunéiforme numéro 5 de l’épopée de Gilgamesh (Osama Shukir Muhammed Amin FRCP(Glasg), CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

La suite, à savoir la constitution d’une véritable identité israélite et le développement du judaïsme, reste quant à elle très obscure et ne sera peut-être jamais connue. En effet, rien ne permet aujourd’hui de connaître les motivations profondes de cette population qui a décidé d’adopter le monothéisme dans un environnement totalement étranger à cette démarche. On ne peut faire que des suppositions : innovation religieuse, abandon progressif des autres dieux cananéens au seul profit de Yahvé sous l’impulsion des élites religieuses et politiques, emprunt puis adaptation de pratiques cananéennes similaires dont nous avons perdu la trace, choix intervenu suite à une analyse théologique des défaites militaires face à l’Assyrie puis la Babylonie… La volonté de se constituer une identité à part entière avec des règles alimentaires, morales, une histoire et des héros propres pose également de nombreuses questions qui restent malheureusement sans réponse aujourd’hui. C’est pour cela que de nombreux chercheurs pensent aujourd’hui que la Bible Hébraïque constitue par de nombreux aspects un document de compromis au travers duquel les auteurs ont voulu faire une synthèse des croyances, histoires et mythes importants pour les peuples sémitiques ayant décidé de se grouper sous la forme d’une nation commune; et que par la conséquent la quête d’une recherche d’historicité est vaine du fait de la nature même du document.

Texte en écriture cunéiforme contenant des recettes de cuisines (Kwag1980, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

Bien que les preuves archéologiques manquent pour corroborer l’existence de nombreux évènements bibliques, on peut quand même tenter de retracer les grandes phases du peuple hébreu (dont l’existence n’est pas contestée) en tenant compte des informations fournies par le Tanakh et avec les éléments historiques à notre disposition. Notons qu’indépendamment de la véracité ou non des évènements relatés dans la Bible Hébraïque, l’existence du peuple hébreu est attestée depuis plusieurs millénaires par quatre anciennes inscriptions historiques qui font état du peuple hébreu dans cette région du monde :

  • Stèle de Tel Dan (870–750 avant JC) : stèle rédigée en araméen qui commémore la victoire d’un roi sur les Israélites, et plus particulièrement contre la « maison de David« 
  • Stèle de Merenptah (1028 avant JC)  : stèle égyptienne qui mentionne également une victoire contre les Israélites : « Israël est détruit, sa semence même n’est plus« 
  • Les monolithes de Kurkh (879-852 avant JC) : stèle assyrienne qui mentionne le roi Achab que l’on retrouve dans le livre des Rois ou Melakhim
  • Stèle de Mesha (840 avant JC) : stèle moabite qui mentionne le roi Omri que l’on retrouve dans le livre des Rois ou Melakhim
Stèle de Merneptah (𐰇𐱅𐰚𐰤, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

Partant de là, voici une chronologie assez sommaire de l’histoire possible du peuple hébreu si on se base sur la chronologie biblique et historique (les dates sont approximatives) : 

  • 3760 avant JC : ce serait la date de création du monde relatée dans la Genèse ou « Au commencement » ou Bereshit
  • 2750 avant JC : ce serait la date du déluge au cours duquel Noé est sauvé ainsi que plusieurs espèces d’animaux, cet épisode est relaté dans le même livre
  • 2166 avant JC : fin de la Genèse
  • 2000 à 1550 avant JC : Bronze moyen et cités Etats indépendantes
  • 1550 à 1180 avant JC : Bronze récent et domination égyptienne sur la région
  • 1250 avant JC : ce serait la date de la sortie d’Egypte sous la conduite de Moïse, évènement relaté dans Exode ou « Noms » ou Shemot
  • 1200 avant JC : ce serait la date de la conquête du pays de Canaan par Josué, évènement relaté dans Josué ou Yehoshoua, mais dont la réalité archéologique est contestée
  • 1200 à 900 avant JC : Fer I, généralement considéré comme une période d’indépendance pour les hébreux
  • Avant 1049 avant JC, les “proto-Israélites” : c’est la phase qui correspond aux évènements décrits dans les livres des Juges ou Shoftim jusqu’à la nomination de Saül dans le livre de Samuel ou Shemouel. Les hébreux existent donc en tant que peuple au sein du Proche-Orient. Peu de choses nous sont connues de cette période, si ce n’est l’existence de documents en paléo-hébreux datés du 10ème siècle avant JC (comme indiqué plus haut dans la rubrique « Datation, composition et contexte historique« )
  • 1049 à 931 avant JC, la monarchie unie : ce serait la période du royaume d’Israël, bien que nous ayons peu de preuves archéologiques pour attester de l’existence d’un royaume israélite uni. Cette période correspond aux livres de Samuel ou Shemouel et de Rois ou Melakhim jusqu’à la mort de Salomon
  • 900 à 600 avant JC : Fer II, dynastie des Omrides de 880 à 841 avant JC
  • 931 avant JC, le schisme : se produit le schisme décrit dans le livre des Rois ou Melakhim avec la partition en deux du royaume d’Israël : Juda au Sud et Israël au Nord. 
  • 772 avant JC, domination assyrienne : chute de Samarie capitale d’Israël face aux Assyriens et passage du Nord sous domination assyrienne
  • 589 avant JC, domination babylonienne : chute de Jérusalem capitale de Juda face aux Babyloniens et passage de la région sous le contrôle des Babyloniens
  • 539 avant JC : chute de Babylone aux mains des Perses
  • A partir de 539 avant JC : décret de Cyrus (dont l’historicité est débattue) qui permet le retour des hébreux dans la terre promise et autorise la reconstruction du Temple

Pour aller plus loin sur le sujet de l’histoire du peuple hébreu, notamment après l’exil Babylonien et avec l’instauration de la diaspora, je vous invite à lire l’ouvrage « Histoire du peuple hébreu » d’André Lemaire.

La Mésopotamie, plus connue du grand public sous le nom de « Croissant Fertile », grand région fertile dans laquelle se déroule la plupart des histoires de la Bible Hébraïque (NormanEinstein(Wikimedia user), based on a similar map from the 1994 edition of the Encyclopedia Britannica. Translated by user:Sting, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

Synthèse générale

La Torah (la Loi ou le Pentateuque) relate les récits de la création du monde jusqu’à l’entrée des hébreux dans la terre promise. Cet ensemble composé de cinq livres attribués à Moïse par la tradition juive et chrétienne (bien que cela soit aujourd’hui largement réfuté par les chercheurs) comporte également de nombreuses lois et prescriptions à destination des hébreux, dont les fameux dix commandements. Plusieurs figures se détachent de l’ensemble comme Noé avec qui Dieu conclut sa première alliance à la fin du Déluge, les Patriarches (Abraham, Isaac, Jacob), Joseph vendu comme esclave par ses frères puis qui deviendra vice-roi d’Egypte et bien entendu Moïse lui-même qui guide le peuple juif à la sortie d’Egypte et reçoit la loi au mont Sinaï. C’est un livre fondamental puisque la Torah contient les lois essentielles du judaïsme.

Les Prophètes racontent l’histoire d’Israël depuis l’entrée en Canaan jusqu’au au retour de l’exil Babylonien. Cet ensemble est composé de huit livres. De nombreux thèmes sont évoqués comme l’idolâtrie, l’injustice sociale, la désobéissance à Dieu… autant de sources de malheurs et de conflits avec Dieu. Mais les Prophètes sont aussi jalonnés de récits épiques et de conquêtes, et il y a une trame d’espérance avec toujours la volonté de retourner vers Dieu. Les personnages les plus marquants sont sans doute Josué qui conduit la conquête originelle, Samson à l’époque des Juges lorsqu’il n’y a pas de roi en Israël, puis David (qui affrontera le géant Goliath) et Salomon. Parmi les personnages prophétiques, on peut citer Isaïe, Jérémie et Ezéchiel parmi les plus importants.

Les Autres Ecrits, comme son nom l’indique, regroupent tout une série de livres sur des thèmes très variés. Cet ensemble comporte onze livres. On y retrouve de la poésie, de la philosophie et même un recueil sur l’histoire d’Israël. Les thèmes sont donc très variés puisque l’on y trouve aussi bien des louanges que des histoires édifiantes, en passant par des énoncés historiques. On y trouve plusieurs personnages marquants comme Job mis à l’épreuve par Dieu, Esther qui déjoue un complot contre les juifs ou encore Ruth l’archétype de la convertie.

Ces trois groupes de livres forment un ensemble cohérent. On y retrouve à la fois une chronologie avec un ordre des livres qui va de la naissance du monde au retour de l’exil Babylonien, ainsi que des croisements entre les différents livres du Tanakh. Ainsi par exemple, dans les Autres Ecrits, on trouve des textes comme Ruth ou Esther qui s’insèrent dans la chronologie décrite dans les Prophètes. Il faut donc aborder le Tanakh à la fois comme un livre avec une cohérence d’ensemble mais aussi comme une grande bibliothèque où les auteurs font se croiser des ouvrages aux styles très différents. Comme vous allez le voir en détail, et comme nous l’avons déjà évoqué, la nature des écrits est très variée. C’est ce qui fait la richesse du Tanakh.

Ancien sceau montrant l’utilisation de l’araire (Albert T. Clay, Public domain, via Wikimedia Commons)

Quelques ouvrages à lire

Voici une liste d’ouvrages (ou collections d’ouvrages) qu’il peut être utile de lire avant et après une lecture complète du Tanakh :

  • Les ABC de la Bible aux éditions du Cerf
  • Les nombreux ouvrages de Thomas Römer sur l’Ancien Testament
  • « Panorama de l’Ancien Testament » par Henrietta C. Mears
  • « L’Ancien Testament à travers 100 chefs-d’oeuvre de la peinture » par Regis Debray
  • « L’Ancien Testament expliqué à ceux qui n’y comprennent rien ou presque » par Jean-Louis Ska
  • « Pour lire l’Ancien Testament », de Gérard Billon et Philippe Gruson
  • « 60 minutes pour comprendre la Bible », de Nick Page
  • L’archéo-bible Segond 21

Résumer le Tanakh et les livres qui le compose est une chose difficile qui n’aurait pas été possible sans une aide extérieure. En plus des ouvrages listés au dessus, je tiens donc à citer les sites internet « Univers de la Bible », « Bible Study Blueprint » et « Got Questions » dont j’ai utilisé les précieuses ressources, ainsi que l’ouvrage « La Bible Simplissime » de Tessa MARIE. Je dois également mentionner l’ouvrage « La Bible – Les Livres en résumé » de Christian DALEAU. Je cite également les résumés de chacun des livres de l’Ancien Testament intégrés dans l’édition de la Bible Segond 21, ainsi que ceux de la Nouvelle Bible Segond édition d’étude.

Pour les plus studieux, il peut être intéressant de lire l’Ancien Testament/Tanakh dans une version dite interlinéaire hébreu-français. L’ouvrage se compose sur chaque page d’une version en hébreu, d’une version en français courant et dans une traduction dite œcuménique. C’est un outil indispensable lorsque l’on souhaite être au plus proche des sources originales.

Concernant les différentes versions de la Bible Hébraïque, je vous invite à lire mon article « Dans quelle version lire la Bible Hébraïque ?« . Vous y trouverez une liste de critères pour choisir une version, ainsi que plusieurs versions qui me semblent pertinentes en français et en hébreu.

Choix rédactionnels

Pour des raisons pratiques, j’ai décidé de garder l’intitulé des bibles chrétiennes pour le nommage des livres, ce qui permettra au lecteur de se repérer plus facilement s’il est accompagné d’un exemplaire de la Bible. Toutefois, les noms hébreux sont également indiqués dans un souci de logique et de respect pour le texte hébreu. Vous trouverez également entre parenthèses le nom hébreu écrit avec l’alphabet hébraïque. Les noms sont inscrits dans cet ordre : nom français, translittération de l’hébreu, nom hébraïque. A l’exception des cinq premiers de la Bible Hébraïque qui sont écrits sur ce modèle : nom français, ancien nom dans certaines bibles chrétiennes et nom hébreu. Pour vous y retrouver dans la prononciation, n’oubliez pas que l’hébreu se lit de droite à gauche. C’est d’ailleurs l’ordre des livres dans la tradition hébraïque qui est retenu pour les présenter. Chaque partie est introduite par la première phrase du livre, qui donne souvent le ton ou pose certaines bases. S’ensuit un court résumé du livre où j’ai essayé de me focaliser sur les actions essentielles des grands personnages lorsque cela était possible. Dans d’autres cas le résumé est plus succinct, notamment lorsqu’il s’agit de livres qui ne comportent pas une véritable histoire, comme cela peut-être le cas de certains livres prophétiques par exemple. Les noms des personnages sont écrits en français, mais vous pourrez retrouver une liste des principaux personnages de la Bible Hébraïque avec leurs noms en hébreu à cette adresse ainsi que sur cette autre page. Toutes les citations du Tanakh sont issues de la traduction de la Bible dite Segond 21.

Le Pentateuque ou la Torah (תוֹרָה)

Genèse ou « Au commencement » ou Bereshit (בראשית)

Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.

Ainsi démarre le livre de la Genèse qui s’ouvre sur le récit de la création du monde en six jours. Le récit raconte ensuite l’histoire de l’humanité en commençant par Adam, le premier homme, jusqu’à l’arrivée des hébreux en Egypte. On peut d’abord parler de la « chute » d’Adam et Eve après avoir consommé le fruit interdit dans le jardin d’Eden. On peut également parler du premier meurtre avec Caïn qui tue son frère Abel par jalousie. Vient ensuite le récit du Déluge provoqué par la colère de Dieu contre les hommes. Celui-ci décide toutefois d’épargner Noé et sa famille, et c’est avec eux qu’il conclut la première alliance biblique. Vient le fameux récit de la Tour de Babel où Dieu décide de disperser les hommes. S’ensuivent les histoires des Patriarches (Abraham, Isaac, Jacob). Et enfin, nous avons l’histoire de Joseph vendu par ses frères en tant qu’esclave à des Egyptiens et qui finira par devenir l’équivalent d’un vice-roi de l’Egypte. Ce dernier se réconcilie finalement avec ses frères lors d’une grande famine et fera entrer le peuple hébreu en Egypte.

A la synagogue, lors de la lecture hebdomadaire, la Genèse est divisée en un total de douze sections que voici (des liens vers les résumés des sections sont disponibles en cliquant sur le nom des sections) :

Sefer Bereshit (Genèse)Bereshit, בראשיתGenèse 1:1-6:8
Noa’h (Noé), נח6:9-11:32
Lekh Lekha, לך לך12:1-17:27
Vayera, וירא18:1-22:24
Haye Sarah, חיי שרה23:1-25:18
Toledot, תולדות25:19-28:9
Vayetze, ויצא28:10-32:3
Vayishla’h, וישלח32:4-36:43
Vayeshev, וישב37:1-40:23
Miketz, מקץ41:1-44:17
Vayigash, ויגש44:18-47:27
Vaye’hi, ויחי47:28-50:26
(The Bodleian Libraries, Oxford, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons)

Exode ou « Noms » ou Shemot (שמות)

Voici les noms des fils d’Israël venus en Egypte avec Jacob, chacun accompagné de sa famille : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Isacar, Zabulon, Benjamin, Dan, Nephthali, Gad et Aser.

Le livre de l’Exode démarre ainsi sur une forme de généalogie. Un rappel utile pour indiquer que le peuple est venu habiter en Egypte. Le thème du livre est essentiellement la liberté retrouvée du peuple hébreu qui va se défaire de l’emprise des Egyptiens. Après la mort de Joseph, un nouveau roi gouverne l’Egypte et se méfie des hébreux devenus très nombreux. Il décide de les réduire en esclavage et de tuer tous les nouveaux nés mâles. Un enfant réchappe. Il s’agit de Moïse. Celui-ci va devenir un prophète nommé par Dieu pour sortir les hébreux d’Egypte, c’est l’épisode du buisson ardent. S’ensuit le récit des dix plaies d’Egypte (mort des nouveaux nés, sauterelles, grêles, eau changée en sang etc…) puis la sortie d’Egypte lorsque le pharaon décide finalement de rendre leur liberté aux hébreux. Vient ensuite le récit de la traversée de la Mer des Roseaux qui s’ouvre en deux puis se referme sur les Egyptiens qui tentent de rattraper les hébreux. Les hébreux traversent ensuite le désert et c’est à ce moment-là que Moïse reçoit la loi au Mont Sinaï. S’ensuit une révolte des hébreux qui fabriquent un veau d’or, ce qui amène Dieu à les obliger à construire la tente de la rencontre (ou Tabernacle), qui doit servir en quelque sorte de sanctuaire mobile. L’arche d’alliance est également construite à cette occasion. C’est dans l’Exode qu’est instituée la fête juive de la pâque (Pessah). C’est aussi dans l’Exode qu’est institué le jour du Shabbat.

A la synagogue, lors de la lecture hebdomadaire, l’Exode est divisé en un total de onze sections que voici (des liens vers les résumés des sections sont disponibles en cliquant sur le nom des sections) :

Sefer Shemot (Exode)Shemot, שמותExode 1:1-6:1
Va’era, וארא6:2-9:35
Bo, בא10:1-13:16
Beshalakh, בשלח13:17-17:16
Yitro, יתרו18:1-20:23
Mishpatim, משפטים21:1-24:18
Teroumah, תרומה25:1-27:19
Tetzave, תצווה27:20-30:10
Ki Tissa, כי תשא30:11-34:35
Vayaqhel, ויקהל35:1-38:20
Peqoudei, פקודי38:21-40:38
(Metropolitan Museum of Art, CC0, via Wikimedia Commons)

Lévitique ou « Et il appela » ou Vayiqra (ויקרא)

L’Eternel appela Moïse; de la tente de la rencontre, il lui dit : « Transmets ces instructions aux Israélites: Lorsque quelqu’un parmi vous fera une offrande à l’Eternel, il offrira du bétail, du gros ou du petit bétail »

Le Lévitique démarre sur des instructions données par Dieu à Moïse. C’est d’ailleurs le thème essentiel de ce livre. Il s’agit donc d’un recueil de lois et de prescriptions à destination des hébreux. Le livre s’appelle « Lévitique » en référence aux « Lévites », la tribu chargée d’occuper la fonction sacerdotale (ce qui veut dire s’occuper de toute l’organisation religieuse). Le livre explore les notions de purs et impurs, développe des notions de règles civiles et morales, et explore la notion de sainteté. C’est dans le Lévitique que l’on trouve de nombreuses règles relatives aux fêtes juives, à la Cacherout, ainsi que les règles de pureté. Le livre peut sembler fastidieux aux yeux d’un lecteur moderne, mais il faut comprendre que ces règles sont là pour permettre aux Israélites de vivre dans la sainteté.

A la synagogue, lors de la lecture hebdomadaire, le Lévitique est divisé en un total de dix sections que voici (des liens vers les résumés des sections sont disponibles en cliquant sur le nom des sections) :

Sefer Vayikra (Lévitique)Vayikra, ויקראLévitique 1:1-5:26
Tzav, צו6:1-8:36
Shemini, שמיני9:1-11:47
Tazria, תזריע12:1-13:59
Metzora, מצורע14:1-15:33
A’harei Mot, אחרי מות16:1-18:30
Kedoshim, קדושים19:1-20:27
Emor, אמור21:1-24:23
Behar, בהר25:1-26:2
Be’houkotaï, בחוקותי26:3-27:34
(LGLou, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

Nombres ou « Dans le désert » ou Bamidbar (במדבר)

L’Eternel parla à Moïse dans le désert du Sinaï, dans la tente de la rencontre, le premier jour du deuxième mois, la deuxième année après leur sortie d’Egypte.

Les Nombres démarre sur l’Eternel qui s’adresse à Moïse dans la tente de la rencontre. Le livre relate plus particulièrement les 40 années d’errance du peuple juif dans le désert, suite au refus des hébreux de rentrer dans le pays promis. En effet, 12 espions avaient espionné le pays de Canaan, mais les hébreux n’ont pas cru en la promesse de Dieu de les aider à conquérir le pays malgré les menaces qui s’y trouvaient (notamment la présence de géants, les Anak). Les hébreux sont alors condamnés à errer pendant 40 ans dans le désert jusqu’à la mort de la génération qui a fauté. Le livre s’achève toutefois sur la conquête de la Transjordanie à la frontière de Canaan, le pays promis. Un des personnages marquant du livre est le prophète Balaam. Mandaté par Balak, roi des Moab, pour maudire les Israélites, il finit par bénir les Israélites. Un épisode célèbre est celui où son ânesse refuse d’avancer car voyant l’ange de Dieu sur la route.

A la synagogue, lors de la lecture hebdomadaire, le livre des Nombres est divisé en un total de dix sections que voici (des liens vers les résumés des sections sont disponibles en cliquant sur le nom des sections) :

Sefer Bamidbar (Nombres)Bamidbar, במדברNombres 1:1-4:20
Nasso, נשא4:21-7:89
Beha’alot’kha, בהעלותך8:1-12:16
Shla’h lekha, שלח לך13:1-15:41
Kora’h (Koré), קרח16:1-18:32
Houkat, חקת19:1-22:1
Balak, בלק22:2-25:9
Pin’has, פנחס25:10-30:1
Matot, מטות30:2-32:42
Massei, מסעי33:1-36:13
(Shmuel ben Ya’akov, Public domain, via Wikimedia Commons)

Deutéronome ou « Paroles » ou Devarim (דברים)

Voici les paroles que Moïse adressa à tout Israël de l’autre côté du Jourdain, qui se trouve vis-à-vis de Suph, entre Paran, Tophel, Laban, Hatséroth et Di-Zahab.

Le Deutéronome s’ouvre sur des paroles de Moïse au peuple d’Israël. Le livre reprend les lois développées dans les précédents chapitres de la Torah tout en les développant et les adaptant en vue de l’entrée dans la terre promise. Le livre s’achève sur la mort de Moïse (qui ne verra pas la terre promise) et l’entrée des Israélites dans le pays de Canaan. Comme précédemment, le peuple est rappelé à ses obligations, à savoir : adorer Dieu, ne pas adopter les coutumes des peuples étrangers et ne pas adorer leurs dieux. Plusieurs bénédictions (en cas de respect de la loi) et malédictions (en cas de non respect de la loi) sont adressées au peuple juif. C’est dans le Déutéronome que se trouve la célèbre prière juive du Shema Israël.

A la synagogue, lors de la lecture hebdomadaire, le Deutéronome est divisé en un total de onze sections que voici (des liens vers les résumés des sections sont disponibles en cliquant sur le nom des sections) :

Sefer Devarim (Deutéronome)Devarim, דבריםDeutéronome 1:1-3:22
Va’et’hanan, ואתחנן3:23-7:11
Eikev, עקב7:12-11:25
Re’eh, ראה11:26-16:17
Shoftim, שופטים16:18-21:9
Ki Tetze, כי תצא21:10-25:19
Ki Tavo, כי תבוא26:1-29:8
Nitzavim, ניצבים29:9-30:20
Vayelekh, וילך31:1-31:30
Haazinou, האזינו32:1-32:52
Vèzot HaBerakha, וזאת הברכה33:1-34:12
(National Library of Israel, Public domain, via Wikimedia Commons)

Les Prophètes ou Neviim (נביאים)

Prophètes antérieurs ou Neviim rishonim (נביאים ראשונים)

Josué ou Yehoshoua (יְהוֹשֻעַ)

Après la mort de Moïse, l’Eternel dit à Josué, fils de Nun et assistant de Moïse : « Mon serviteur Moïse est mort »

Ainsi démarre le livre de Josué, attribué par le tradition à ce dernier. Le livre retrace essentiellement la conquête du pays de Canaan et sa répartition entre les différentes tribus d’Israël. Le récit s’ouvre par la traversée du Jourdain séparé miraculeusement en deux par Dieu, ce qui n’est pas sans rappeler l’épisode de la Mer des Roseaux. Puis c’est dans ce livre qu’a lieu la très célèbre bataille de Jéricho durant laquelle les Israélites font s’écrouler les murailles au son de la trompette. L’autre épisode célèbre est la bataille de Gabaon où le soleil s’arrête dans le ciel pour permettre aux Israélites de combattre. C’est donc essentiellement un récit de conquête avec en fin d’ouvrage un très long descriptif de l’attribution des terres à chacune des tribus d’Israël.

Juges ou Shoftim (שֹׁפְטִים)

Après la mort de Josué, les Israélites consultèrent l’Eternel en disant : « Qui de nous montera le premier contre les Cananéens pour les attaquer ? « 

Le livre des Juges démarre à la mort de Josué. Il raconte l’époque troublée que traverse le peuple d’Israël privé d’un chef, et comment des Juges – des chefs du peuple d’Israël qui sont les principaux protagonistes – viennent au secours du peuple d’Israël. Il couvre donc une période qui va de la mort de Josué à la nomination du premier roi d’Israël. Le plan de Dieu était de chasser tous les Cananéens, mais le peuple laisse certains d’entre eux subsister sur le territoire. Cette situation provoque le retour de l’idolâtrie et les hébreux se mettent à adorer les Dieux des communautés environnantes. Le cycle suivant se répète plusieurs fois : le peuple se détourne de Dieu, des ennemis viennent les opprimer, Dieu envoie un sauveur en la personne d’un juge. Il y a un total de douze juges qui sont mentionnés dont les plus célèbres sont sans doute Samson (connu pour sa force surhumaine et qui aura une relation avec la fameuse Dalila), Débora (une femme, également prophétesse) et Gédéon.

Samuel ou Shemouel (שְׁמוּאֵל)

Il y avait un homme de Ramathaïm-Tsophim, de la région montagneuse d’Ephraïm, du nom d’Elkana.

Le livre de Samuel (décomposé en deux livres dans les bibles chrétiennes) relate l’histoire d’Israël de la fin de la période des Juges avec la naissance et le mandat de Samuel, puis les débuts de la monarchie avec les règnes de Saül et de David. Comme indiqué plus haut, c’est la traduction grecque qui a abouti à la partition du livre en deux dans les bibles chrétiennes. On y suit les aventures de Samuel – lui-même juge, né d’une femme stérile du nom de Anne qui décide de le confier au prophète Eli – qui va oindre (consacrer) les deux premiers rois d’Israël, à savoir : Saül et David. Saül, premier roi, deviendra rapidement jaloux de David que Dieu désignera pour lui succéder et qui rejettera Saül. Ce dernier deviendra fou au point de poursuivre sans relâche David. Il finit par mourir à la bataille. Puis on suit les aventures du roi David qui possède une relation particulière avec l’Eternel mais qui commet de nombreuses fautes morales, dont la plus célèbre est l’adultère avec la femme du général Urie le Hittite : Bethsabée (ou Bath-Shéba). Il tentera de couvrir sa faute en faisant assassiner le général. A la suite d’une guerre civile, la capitale est transférée à Jérusalem. Parmi les autres épisodes célèbres, on peut également parler en début du livre du vol de l’arche d’alliance par les Philistins, ce qui provoque alors de nombreuses catastrophes dans leur peuple, et les oblige au final à restituer l’arche d’alliance aux Israélites.

Rois ou Melakhim (מְלָכִים)

Le roi David était vieux, il était d’un âge avancé.

Le livre des Rois (décomposé lui aussi en deux livres dans les bibles chrétiennes) raconte l’histoire d’Israël sous le règne de Salomon puis l’histoire des rois après la partition du royaume d’Israël en deux avec Israël au Nord et Juda au Sud. Salomon était particulièrement réputé pour sa sagesse (don qu’il avait demandé à Dieu), illustrée par le fameux épisode du jugement de Salomon durant lequel il dut départager deux femmes sur le fait de savoir à qui appartenait un bébé. Il menace alors de couper le bébé en deux. Celle qui préférait abandonner l’enfant était la vraie mère. S’ensuit la construction du temple à Jérusalem. Son fils Roboam prendra la suite, mais de mauvais choix vont conduire à une nouvelle guerre civile et à la séparation en deux du royaume. Le livre des Rois se poursuit ensuite sur la chute du royaume d’Israël face aux Assyriens puis la chute de Juda face à Babylone. Le livre raconte l’histoire des 20 rois de Juda et 19 rois d’Israël. Le livre passe en revue les règnes des différents rois avec une approche assez manichéenne : soit le roi fait ce qui est bon aux yeux de l’Eternel, soit ce qu’il fait est mauvais. La cause de la chute des deux royaumes est principalement l’idolâtrie (soit le culte d’autres dieux). Dans les deux cas, les peuples sont déportés et exilés. Samarie, capitale d’Israël, tombe en 722 avant JC aux mains des Assyriens. Jérusalem, capitale de Juda, tombe en 589 avant JC aux mains des Babyloniens.

(J. S. Hoory, Public domain, via Wikimedia Commons)

Prophètes postérieurs ou Neviim aharonim (נביאים אחרונים)

Isaïe ou Yeshayahou (יְשַׁעְיָהוּ)

Vision d’Isaïe, fils d’Amots, sur Juda et Jérusalem, durant les règnes d’Ozias, d’Achaz et d’Ezéchias sur Juda.

Le livre d’Isaïe se présente comme une révélation faite au prophète du même nom. Le livre annonce l’exil qui attend les Judéens du fait de leur immoralité. Le texte est particulièrement célèbre pour l’annonce d’un enfant qui serait le messie. Ce texte est très prisé par les chrétiens qui voient dans cet enfant l’annonce de Jésus-Christ. Dans ce livre, Isaïe prophétise notamment contre les autres nations à savoir l’Assyrie, Babylone, Moab, la Syrie et l’Ethiopie.

Jérémie ou Yrmeyahou (יִרְמְיָהוּ)

Paroles de Jérémie, fils de Hilkija, l’un des prêtres qui se trouvaient à Anathoth, dans le pays de Benjamin, parole de l’Eternel qui lui fut adressée durant la treizième année du règne de Josias, fils d’Amon, sur Juda ainsi que durant le règne de Jojakim, fils de Josias, sur Juda, et jusqu’à la fin de la onzième année du règne de Sédécias, fils de Josias, sur Juda, jusqu’au cinquième mois, moment où les habitants de Jérusalem furent emmenés en exil.

Le livre de Jérémie se présente comme un recueil de paroles prophétiques par le personnage du même nom. Dieu commence par rappeler à Jérémie que sa mission prophétique a été décidée avant même sa naissance. C’est à Jérémie que l’on doit l’expression de « jérémiades » (qui veut dire « plainte sans fin »), voir notamment le livre des Lamentations qui est selon la tradition une oeuvre de Jérémie. Dans ce livre, il met en garde successivement contre des alliances avec les grandes puissances de l’époque, à savoir : l’Egypte, l’Assyrie et la Babylonie. Il se fait aussi critique de l’idolâtrie et du déclin moral du peuple d’Israël. Il sera témoin de la chute de Jérusalem et sera contraint à l’exil en Egypte. Malgré ses appels à la repentance, il est souvent ignoré voir persécuté.

Ezéchiel ou Yehezqel (יְחֶזְקֵאל)

La trentième année, le cinquième jour du quatrième mois, je faisais partie des exilés, près du fleuve Kebar.

Le livre d’Ezéchiel raconte le ministère prophétique du personnage du même nom. Lui-même exilé, il prophétise contre les Judéens restés au pays et contre les nations opposées à Jérusalem. C’est dans le livre d’Ezéchiel que se trouve une vision du temple restauré et la promesse d’un retour à la terre promise. Il prophétise également contre d’autres nations comme les Edomites, Ammon, l’Egypte ou encore la ville de Tyr. On doit également au livre d’Ezéchiel la vision du chariot de feu.

(יששכר נחום, CC0, via Wikimedia Commons)

Les 12 petits prophètes ou Trei Asar (תרי עשר)

Comme indiqué plus haut, le nom « petits prophètes » vient de la taille des livres, plus petits que les trois principaux, à savoir Isaïe, Jérémie et Ézéchiel. Ils sont au nombre de 12, en voici la liste :

  • Osée ou Hoshéa
  • Joël ou Yoël
  • Amos
  • Abdias ou Ovadia
  • Jonas ou Yona
  • Michée ou Mikha
  • Nahum ou Nahoum
  • Habacuc ou Havaqouq
  • Sophonie ou Tsephania
  • Aggée ou Haggaï
  • Zacharie ou Zekharia
  • Malachie ou Malakhi

Je propose ici une synthèse des 12 « petits prophètes », dans la mesure où les livres sont souvent très courts. A l’exception de Jonas, connu pour la célèbre histoire de la baleine (Jonas ne veut pas accomplir les ordres de Dieu et cherche à s’enfuir par bateau, il est alors pris dans une tempête et doit se jeter à la mer, il est alors avalé par une baleine et reste pendant trois jours dans son ventre), les « petits prophètes » ont souvent une théologie semblable : Israël se détourne de son Dieu, des sanctions sont à venir, mais une conclusion paisible est possible si l’on accepte de se rapprocher de Dieu. Vous trouverez toutefois à la suite une brève synthèse de chacun des livres (qui n’en constituent qu’un seul dans la tradition hébraïque) :

Osée ou Hoshéa (הוֹשֵׁעַ)

Parole de l’Eternel adressée à Osée, fils de Beéri, durant les règnes d’Ozias, de Jotham, d’Achaz et d’Ezéchias sur Juda, et durant celui de Jéroboam, fils de Joas, sur Israël.

Le message du prophète Osée est principalement adressé contre l’idolâtrie et la corruption en lien avec la prospérité matérielle en Israël. Osée compare la relation entre Dieu et Israël à une relation conjugale. Cette relation entre un mari fidèle et une femme volage peut être interprétée comme allégorique ou comme réellement vécue par le prophète. Elle est généralement vue comme allégorique et symbolisant l’amour inconditionnel de Dieu pour Israël qui a tendance à se détourner de Dieu au profit d’autres divinités.

Joël ou Yoël (יוֹאֵל)

Parole de l’Eternel adressée à Joël, fils de Pethuel.

Joël mentionne une invasion de sauterelles et une sécheresse ayant dévasté Juda. C’est un appel à revenir à Dieu.

Amos (עָמוֹס)

Paroles d’Amos, l’un des bergers de Tekoa, visions qu’il a eues sur Israël durant les règnes d’Ozias sur Juda et de Jéroboam, fils de Joas, sur Israël, deux ans avant le tremblement de terre.

Amos dénonce essentiellement les injustices sociales qui ont cours et prophétise contre de nombreuses nations (Damas, Gaza, Tyr, Edom, Ammon, Moab, Juda, Israël).

Abdias ou Ovadia (עֹבַדְיָה)

Vision d’Abdias

Abdias prononce essentiellement une condamnation contre les Edomites, il s’agissait de voisins des Israélites avec lesquels ils étaient en conflit.

Jonas ou Yona (יוֹנָה)

La parole de l’Eternel fut adressée à Jonas, fils d’Amitthaï : « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle, car sa méchanceté est montée jusqu’à moi ».

Très connu pour l’épisode de la baleine (dont j’ai parlé plus haut en introduction du livre des 12 « petits prophètes »), Jonas raconte l’histoire du prophète du même nom qui ne voulait pas accomplir la mission confiée par Dieu. Il se ravise finalement et se rend à Ninive pour annoncer la colère de Dieu. Les habitants de Ninive se repentent de leurs fautes et Dieu décide finalement de ne pas appliquer sa sanction ce qui irrite Jonas.

Michée ou Mikha (מִיכָה)

Parole de l’Eternel adressée à Michée de Morésheth durant les règnes de Jotham, Achaz et Ezéchias sur Juda, vision qu’il a eue sur Samarie et Jérusalem.

Michée dénonce lui aussi la corruption morale et spirituelle des Israélites, tout en annonçant la naissance d’un libérateur.

Nahum ou Nahoum (נַחוּם)

Message sur Ninive. Livre de la vision de Nahum, d’Elkosh.

Nahum prophétise essentiellement sur la chute de Ninive. A la différence des autres « petits prophètes », il n’y a pas de dénouement heureux si on peut dire, et le jugement est définitif.

Habacuc ou Havaqouq (חֲבַקּוּק)

Message dont le prophète Habakuk a eu la vision.

La prophétie d’Habacuc prend la forme d’un dialogue entre Dieu et son prophète, et annonce l’intervention des Babyloniens pour punir les Israélites de leur infidélité. Le texte se conclut par un long cantique.

Sophonie ou Tsephania (צְפַנְיָה)

Parole de l’Eternel adressée à Sophonie, fils de Cushi et descendant de Guedalia, d’Amaria et d’Ezéchias, durant le règne de Josias, fils d’Amon, sur Juda.

Sophonie invite les Judéens à se tourner à nouveau vers Dieu pour ne pas connaître le même sort que le royaume d’Israël. Il prophétise également contre les autres nations : Gaza, Askalon, Moab, Ekron etc…

Aggée ou Haggaï (חַגַּי)

La deuxième année du règne de Darius, le premier jour du sixième mois, la parole de l’Eternel fut adressée par l’intermédiaire du prophète Aggée au gouverneur de Juda Zorobabel, fils de Shealthiel, et au grand-prêtre Josué, fils de Jotsadak : « Voici ce que dit l’Eternel, le maître de l’univers : Ce peuple prétend : ‘Il n’est pas encore venu, le moment de reconstruire la maison de l’Eternel’ « .

Le ministère d’Aggée est essentiellement un appel à reconstruire le temple.

Zacharie ou Zekharia (זְכַרְיָה)

Le huitième mois, la deuxième année du règne de Darius, la parole de l’Eternel fut adressée au prophète Zacharie, fils de Bérékia et petit-fils d’Iddo :  » L’Eternel a été très irrité contre vos ancêtres ».

Comme Aggée, Zacharie invite les juifs à reprendre la construction du temple.

Malachie ou Malakhi (מַלְאָכִי)

Message, parole de l’Eternel adressée à Israël par l’intermédiaire de Malachie.

Malachie prophétise essentiellement contre le relâchement des moeurs et dénonce le formalisme religieux. Par formalisme religieux, on entend par là une pratique de la religion qui ne repose pas sur une foi sincère.

(FLLL, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

Les Autres Écrits ou Ketouvim (כתובים)

Ecrits antérieurs ou Sifrei Emet (ספרי אמת)

Psaumes ou Tehilim (תְהִלִּים)

Heureux l’homme qui ne suit pas le conseil des méchants, et qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs

Les Psaumes est un recueil de cantiques et prières de louange, de supplication et d’imprécation. On en dénombre un total de 150. Ils sont composés par des auteurs très différents (Moïse, le roi David, Asaph, les descendants de Koré, Héman, Ethan et des anonymes).

Proverbes ou Mishlei (מִשְׁלֵי)

Proverbes de Salomon, fils de David, roi d’Israël, pour connaître la sagesse et l’instruction, pour comprendre les paroles de l’intelligence, pour recevoir des leçons de bons, de justice, d’équité et de droiture, pour donner du discernement à ceux qui manquent d’expérience, de la connaissance et de la réflexion aux jeunes.

Les Proverbes est un livre que l’on pourrait qualifier de philosophique. Ce dernier contient de nombreux dictons, avertissements et paroles de sagesse. Tous les domaines de la vie sont ainsi abordés. Ils sont attribués à trois personnes au moins (le roi Salomon, Agur et Lemuel).

Job ou Iyov (אִיּוֹב)

Il y avait dans le pays d’Uts un homme qui s’appelait Job.

Le livre de Job relate l’histoire du personnage du même nom. Ce dernier est mis à l’épreuve par Dieu qui veut savoir si celui-ci l’aime vraiment, dans le cadre d’une sorte de pari avec Satan. Job est alors dépouillé de toute ses richesses, et il tente d’obtenir conseil auprès de ses amis. Ces derniers ignorant le plan de Dieu ne peuvent malheureusement pas faire grand-chose pour lui, si ce n’est l’accabler davantage en lui disant notamment que ses malheurs ont forcément une raison. Pour autant, Job ne renie pas Dieu. Le thème majeur du livre est donc la souffrance et l’incompréhension du plan de Dieu. A la fin du récit, Dieu s’adresse à Job sans lui expliquer la raison de son malheur, tout en lui montrant sa gloire et en le restaurant dans ses richesses.

(Davidbena, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

Cinq rouleaux ou Hamesh Megilloth (חמש מגילות)

Cantique des Cantiques ou Shir Hashirim (שִׁיר הַשִּׁירִים)

Qu’il m’embrasse des baisers de bouche ! Oui, ton amour est meilleur que le vin, tes parfums ont une odeur agréable.

Le Cantique des Cantiques est un texte érotique qui semble célébrer – de façon métaphorique – l’amour de Dieu avec son peuple. On peut donc l’interpréter au sens littéral comme un texte sur l’amour, ou comme un texte métaphorique sur la relation entre Dieu et Israël.

Ruth ou Routh (רוּת)

A l’époque des juges, il y eut une famine dans le pays.

Le livre de Ruth relate l’histoire de cette femme – une étrangère – qui s’intègre à la nation d’Israël et deviendra l’ancêtre des plus grands rois. Le livre raconte l’histoire d’une famille partie d’Israël au moment d’une famine pour trouver un avenir meilleur en Moab. Mais le mari décède ainsi que ses deux fils qui avaient pris pour épouses des Moabites : Ruth et Orpa. Naomi, la veuve, décide de partir avec ses deux belles filles pour retourner en Israël. Ruth – une moabite – va alors faire rencontre d’un Israëlite du nom de Boaz et se marier avec lui. C’est une figure de la conversion qui est d’après la tradition biblique l’arrière grand-mère du roi David. Dans les bibles chrétiennes, ce livre fait la jonction entre Juges et Samuel.

Lamentations ou Eikha (אֵיכָה)

Comment ! Elle est assise solitaire, cette ville si peuplée, elle est pareille à une veuve !

Traditionnellement attribué à Jérémie, le livre des Lamentations évoque notamment la chute de Jérusalem et la destruction de son temple par l’Empire Babylonien.

Ecclésiaste ou Qohelet (קֹהֶלֶת)

Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi à Jérusalem.

Le livre de l’Ecclésiaste est un ouvrage de réflexion sur le sens de la vie. Le message du livre peut surprendre puisqu’il consiste à dire que tout est vanité. Seul le Créateur semble essentiel.

Esther (אֶסְתֵר)

C’était à l’époque d’Assuérus, de cet Assuérus qui régnait sur 127 provinces de l’Inde jusqu’en Ethiopie.

L’action du livre d’Esther se déroule à la cour du roi Xerxès auprès de la communauté juive restée en exil. Esther – qui cache ses origines juives en suivant le conseil de son oncle Mardochée – est l’épouse du roi, et par son intervention, elle évite le massacre des juifs ordonné par Xerxès (nommé aussi Assuérus, en fonction des traductions) sous l’influence de son conseiller Haman. C’est cette histoire qui est célébrée lors de la fête juive des Pourim. Le récit est notable par l’absence de toute mention de Dieu.

(Davidbena, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

Ecrits postérieurs

Daniel (דָּנִיֵּאל)

La troisième année du règne de Jojakim sur Juda, Nebucadnetsar, le roi de Babylone, marcha contre Jérusalem et en fit le siège.

Le livre Daniel raconte l’histoire du personnage du même nom issu de l’aristocratie, déporté à Babylone après l’attaque de Nebucadnetsar (ou Nabuchodonosor) contre Jérusalem. L’action du livre se situe auprès de la cour de l’aristocratie Babylonienne, puis sous la domination des Perses. Le livre raconte ainsi les aventures de Daniel auprès de la cour de Babylone. Le récit est jalonné d’histoires que l’on pourrait qualifier d’édifiantes et de visions prophétiques. Parmi les histoires racontées, on peut parler de celle où Daniel est notamment capable d’interpréter correctement les visions du roi de Babylone, ce que ne parviennent pas à faire les devins et astrologues de la cour. Une autre histoire très célèbre est celle où Daniel est jeté dans une fosse aux lions, mais celui-ci est alors miraculeusement épargné par les lions.

Esdras et Néhémie ou Ezra-Nehemia (עֶזְרָא)

La première année du règne de Cyrus sur la Perse, l’Eternel réveilla l’esprit de Cyrus, roi de Perse, afin que s’accomplisse la parole de l’Eternel prononcée par la bouche de Jérémie, et il fit faire de vive voix, et même par écrit, la proclamation que voici dans tout son royaume : « Voici ce que dit Cyrus, roi de Perse : l’Eternel, le Dieu du Ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre et m’a désigné pour lui construire un temple à Jérusalem en Juda ».

Le livre d’Esdras-Néhémie s’intéresse à l’histoire d’Israël depuis le décret de Cyrus autorisant le retour des juifs dans la terre promise, et à la reconstruction du temple et la muraille de Jérusalem. Il parle aussi de la rivalité avec les peuples voisins, et de la reconstitution d’une communauté civile et politique avec les rapatriés. Les débuts sont difficiles car les communautés voisines et les Perses craignent qu’Israël ne retrouve sa force passée. Les travaux de reconstruction sont ainsi interrompus plusieurs fois. Vient également une polémique sur les mariages mixtes, où les Israélites sont accusés (à nouveau) d’adorer des Dieux étrangers, ce qui conduit à l’exclusion des femmes étrangères.

Chroniques ou Divrei Hayamim (דִּבְרֵי הַיָּמִים)

Il y eut Adam, Seth, Enosh, Kénan, Mahalaleel, Jéred, Hénoc, Matushélah, Lémec, Noé, Sem, Cham, Japhet.

Le livre des Chroniques (décomposé lui aussi en deux livres dans les bibles chrétiennes) raconte l’histoire depuis Adam jusqu’au retour de l’exil Babylonien. C’est une sorte de synthèse de l’histoire d’Israël. Le livre des Chroniques reprend beaucoup des livres de Samuel et Rois.

(Thaler Tamas, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

Récapitulatif des grands personnages

Je propose ici un récapitulatif des grands personnages que l’on croise dans le Tanakh avec une biographie assez sommaire. J’ai également mentionné entre parenthèses leur nom en hébreu et leurs éventuelles translittérations pour se rapprocher de l’original :

  • Adam (אָדָם) et Eve (חַוָּה)‎ : il s’agit des premiers êtres humains créés par Dieu lui-même. Adam est créé à partir d’un peu de terre, quant à Eve elle est issue d’une côte d’Adam. Ils seront exclus du jardin d’Eden après avoir goûté du fruit de l’arbre de la connaissance
  • Noé (Noah en hébreu נֹחַ) : lorsque Dieu décide de punir l’humanité pour ses fautes avec le Déluge, il choisit Noé pour survivre ainsi que sa famille et différents animaux de la Terre. C’est avec Noé que Dieu conclut la première alliance biblique. De cette alliance biblique, les sages du judaïsme ont déduit plusieurs lois applicables à l’ensemble de l’humanité. On parle de loi Noachides et de Noachisme
  • Les Patriarches (Abraham ou Avraham אַבְרָהָם, Isaac ou Yitzhak יִצְחָק, Jacob ou Yakov en hébreu יַעֲקֹב) : ce sont les pères fondateurs du peuple hébreu. Isaac est le fils d’Abraham et de Sara. Jacob est le fils d’Isaac et de Rebecca. Trois religions revendiquent le même ancêtre Abraham, à savoir les religions : juives, musulmanes et chrétiennes. On parle à cet effet de religion abrahamiques. Abraham aura également pour fils Ismaël qui est l’ancêtre des arabes
  • Joseph (Yosef en hébreu יוֹסֵף‎) : ce personnage a une histoire spéciale. Haï par ses frères, ces derniers décident de le vendre en tant qu’esclave. Arrivé en Egypte, il deviendra vice-roi puis accueillera le peuple hébreu en Egypte
  • Moïse (Moché en hébreu מֹשֶׁה) : personnage le plus important du Tanakh et plus spécifiquement de la Torah, c’est à lui qu’on doit les cinq premiers livres du Tanakh selon la tradition. C’est lui qui va faire sortir le peuple d’Egypte et qui recevra la loi sur le mont Sinaï
  • Josué (Yehoshoua en hébreu יְהוֹשֻעַ) : successeur de Moïse, il conduira la conquête du pays de Canaan
  • Samuel (Shemouel en hébreu שְׁמוּאֵל) : juge pendant la période trouble que traverse Israël sans roi, c’est lui qui consacrera les deux premiers rois d’Israël : Saül et David
  • Saül (Shaul en hébreu שָׁאוּל‎) : premier roi d’Israël. Suite à des fautes, Dieu se détournera de lui et choisira David pour lui succéder. Il sombrera dans la folie
  • David (דָּוִד) : second roi d’Israël. C’est lui qui affrontera le géant Goliath. Il jouit d’une relation particulière avec Dieu mais commet de nombreuses fautes morales
  • Salomon (Shlomo en hébreu שְׁלֹמֹה) : troisième roi d’Israël. Il était réputé pour sa grande sagesse (voir le jugement de Salomon, dans le livre des Rois ou Melakhim)
  • Nebucadnetsar (נְבוּכַדְנֶאצַּר) : ou Nabuchodonosor II. Il fût le roi de l’Empire Néo-Babylonien de 605 à 562 avant JC. C’est lui qui détruisit Jérusalem en 587 avant JC
  • Cyrus (Kurush en hébreu כורש‎) : ou Cyrus II ou Cyrus le Grand, est le fondateur de l’Empire Perse. Il régna de 559 à 530 avant JC. C’est un des rares personnages non juif qui est vénéré dans le Tanakh pour avoir permis la reconstruction de Jérusalem et du Temple, même si les historiens débattent de l’historicité du décret de Cyrus
(LGLou, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

Brève introduction au Talmud (תַּלְמוּד)‎

Il serait difficile de faire une introduction sur le Tanakh sans évoquer le texte du Talmud qui est fondamental dans la culture juive.

Le Talmud est un peu comme le recueil de la loi juive, c’est un document central pour le judaïsme rabbinique. Le judaïsme rabbinique peut se définir comme : « Forme de judaïsme reposant principalement sur l’autorité et la science du rabbin, apparue après la destruction du Temple de Jérusalem et, dans la foulée, de ses institutions, en 70 ap. J.-C. » comme le dit le Wiktionnaire, qui base lui même cette définition sur l’ouvrage : « Après Jésus. L’invention du christianisme« , sous la direction de Roselyne Dupont-Roc et Antoine Guggenheim, Albin Michel, 2020, page 92. Un courant minoritaire du judaïsme, dit le Karaïsme, rejette cette vision des choses. Ce mouvement ne reconnait que les écritures du Tanakh. Pour en savoir plus sur les différents courants du judaïsme, rendez-vous sur cette page.

Qu’est-ce que le Talmud ? Pour citer Gilbert Werndorfer dans son ouvrage « Le Talmud par thèmes » paru aux éditions du Cerf :

Le mot Talmud signifie « étude », « enseignements » et vient du verbe Lilmod, « étudier ».

Le Talmud se compose de la Michna (« répétition ») et de la Guemara (« achévement »). Ce ne sont pas des traités réguliers, écrits dans un ordre parfait et conçus avec une méthode rigoureuse. Ils ne constituent pas non plus ce que l’on pourrait appeler une forme de résumés analytiques, ni le « compte rendu » des opinions des docteurs de la Loi.

Ce sont, en fait, des comptes rendus in extenso de discussions de différentes écoles qui parfois s’opposaient diamétralement

Le Talmud est en quelque sorte indissociable de la Bible Hébraïque parce qu’il fournit toutes sortes d’explications sur les textes contenus dans le Tanakh, et plus spécifiquement dans la Torah. Il faut comprendre que dans la tradition juive il y a la Torah dite Ecrite (celle révélée dans la Torah) et la Torah dit Orale qui est une sorte de révélation de la Torah Ecrite. Dans la tradition juive, la Torah Orale existe depuis la révélation au mont Sinaï. La Torah Ecrite étant en quelque sorte très condensée (on peut par exemple citer le Shabbat pour lequel la Bible Hébraïque donne peu d’exemples concrets pour le pratiquer), il est nécessaire d’avoir une clé pour l’interpréter. C’est le but du Talmud qui consigne la tradition orale d’interprétations des textes sacrés. Il en existe deux versions : le Talmud dit de Jérusalem et le Talmud dit de Babylone. Les deux sont complémentaires. Le Talmud est divisés en six ordres eux mêmes subdivisés en plusieurs traités (les titres correspondent à une translittération, et entre parenthèses se trouve le nom hébraïque) :

  • Zeraïm (זרעים) : qui veut dire « semences » en hébreu, et traite des questions relatives à l’agriculture
  • Moéd (מועד) : qui veut dire « temps fixés » et traite des fêtes
  • Nachim (נשים) : qui veut dire « femmes » et traite principalement du mariage
  • Neziquin (נזיקין) : qui veut dire « dommages » et traite des questions juridiques
  • Kidduchin (קִידּוּשִׁין) : qui veut dire « saint » et traite des sujets liés au Temple
  • Tohorot (טָהֳרוֹת) : qui veut dire « choses pures » et traite des questions de pureté et de la cacherout

Il y a eu beaucoup de discussions à différentes époques sur le fait de savoir si le Talmud pouvait contenir des passages contre les non-juifs ce qui abouti à la publication de pamphlets antisémites dont le plus célèbre est « Le Talmud démasqué« , ce qui a valu à certaines époques des interdictions de publier le Talmud ou des formes de censures sur des passages estimés comme litigieux. Le traité qui peut faire polémique est en l’occurrence le traité Avodah Zarah (en hébreu : עבודה זרה‎, qui peut se traduire par « culte étranger », et contenu dans l’ordre Nezikin) qui traite spécifiquement des relations avec les non-juifs et a souvent fait l’objet d’une lecture superficielle. Dans l’édition de 1580 du Talmud dit de « Bâle », le traité Avodah Zarah a été totalement censuré. En France, cela culminera en 1242 par l’affaire dite de la « Disputation de Paris » et la destruction par le buché de nombreux exemplaires du Talmud ainsi que d’autres ouvrages juifs.

Aujourd’hui, il n’y a pas une approche universelle dans le judaïsme à l’égard du Talmud, et les approches varient beaucoup en fonction du courant du judaïsme auquel on appartient (voir ici pour les courants du judaïsme). Pour les juifs les plus traditionalistes, la logique veut que la Loi Ecrite (la Torah) soit révélée depuis les débuts avec la Loi Orale. Par conséquent, le document est toujours considéré comme sacré et toujours d’actualité. Dans les courants plus libéraux ou réformés, le Talmud est souvent davantage abordé comme une oeuvre antique qui a certes son importante dans la culture juive mais doit être interprétée et comprise à l’aune de notre époque.

Si le sujet du Talmud vous intéresse et que vous souhaitez aller plus loin, je vous recommande les deux ouvrages suivants : « Le Talmud » d’Abraham Cohen, et « Introduction au Talmud » d’Adin Steinsaltz. Il existe également des éditions en hébreu/français aux éditions ArtScroll si vous souhaitez approcher le texte plus directement.

Conclusions

Nous avons donc vu ici l’ensemble du Tanakh (ou Bible Hébraïque) grâce à un résumé de chacun des livres de ce que l’on appelle chez les chrétiens l’Ancien Testament. Nous avons vu le processus de constitution de ce livre, et nous avons ensuite découvert chacun des livres à l’aide d’un bref résumé. Nous avons également fait un récapitulatif des personnages importants du Tanakh, et nous avons également découvert brièvement le Talmud. Comme vous avez pu le constater, les écrits sont extrêmement denses et couvrent des thèmes très variés : poésie, récits édifiants, histoire, récits de conquête etc… C’est donc une véritable bibliothèque. Le tout forme pourtant un ensemble cohérent.

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