Le Tanakh (תָּנָ״ךְ) (Bible hébraïque) ou Ancien Testament comporte de nombreux personnages masculins essentiels qui ont profondément marqué les récits bibliques et l’histoire religieuse d’Israël. Parmi eux, on peut notamment citer : Adam (אָדָם), premier homme selon le récit de la Genèse ; les patriarches Abraham (אַבְרָהָם), Isaac (יִצְחָק) et Jacob (יַעֲקֹב) ; Joseph (יוֹסֵף), fils de Jacob devenu haut dignitaire en Égypte ; Moïse (מֹשֶׁה), figure centrale de l’Exode ; Josué (יְהוֹשֻׁעַ), son successeur à la tête du peuple d’Israël ; ainsi que les rois David (דָּוִד) et Salomon (שְׁלֹמֹה). L’idée dans cet article est d’explorer leurs rôles et ce que leurs trajectoires personnelles révèlent du rapport de la Bible hébraïque à la figure masculine, au pouvoir, à la responsabilité religieuse et politique. Bien entendu, de nombreux autres hommes apparaissent dans les textes bibliques et ne sont pas mentionnés ici. Le but est de se concentrer sur quelques figures majeures, particulièrement connues du grand public. Toutes les citations bibliques sont issues de la traduction de la Bible dite Segond 21.
- Adam (אָדָם)
- Abraham (אַבְרָהָם), Isaac (יִצְחָק) et Jacob (יַעֲקֹב)
- Joseph (יוֹסֵף)
- Moïse (מֹשֶׁה)
- Job (אִיּוֹב)
- David (דָּוִד)
- Salomon (שְׁלֹמֹה)
- Conclusions
Adam (אָדָם)

Le nom d’Adam est intrinsèquement lié à la terre, l’Adamah (אֲדָמָה), dont il est tiré. Si Ève est souvent pointée du doigt pour la « Chute », le texte biblique souligne une responsabilité partagée. Adam est présent, il voit, il accepte le fruit sans protester. La Bible Hébraïque ne présente pas Adam comme une figure héroïque dès le départ, mais comme un être en apprentissage de la responsabilité.
Lorsqu’il est confronté par Dieu au chapitre 3 de la Genèse, sa réaction est humaine mais peu glorieuse, il rejette la faute sur sa compagne :
L’homme répondit : « C’est la femme que tu as mise à mes côtés qui m’a donné de ce fruit, et j’en ai mangé. »
La culture populaire retiendra la tentation d’Eve, mais beaucoup plus rarement la lâcheté ou fuite en avant d’Adam. Ce dernier ayant participé en pleine conscience à cet acte comme nous pouvons le voir au chapitre 3 de la Genèse ou « Au commencement » ou Bereshit (בראשית) :
Le serpent était le plus rusé de tous les animaux sauvages que l’Eternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: «Dieu a-t-il vraiment dit: ‘Vous ne mangerez aucun des fruits des arbres du jardin’?» La femme répondit au serpent: «Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Cependant, en ce qui concerne le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: ‘Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’» Le serpent dit alors à la femme: «Vous ne mourrez absolument pas, mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme Dieu: vous connaîtrez le bien et le mal.» La femme vit que l’arbre était porteur de fruits bons à manger, agréable à regarder et précieux pour ouvrir l’intelligence. Elle prit de son fruit et en mangea. Elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea.
Adam incarne la condition humaine universelle : la transition de l’innocence à la conscience morale. Il n’est pas un dieu, il est « poussière », soulignant la fragilité de l’homme face à ses propres choix.
Abraham (אַבְרָהָם), Isaac (יִצְחָק) et Jacob (יַעֲקֹב)

Comme pour les femmes dans le précédent article sur les femmes de la Bible Hébraïque dans lequel les matriarches sont regroupées au sein du même chapitre, je présente également les trois patriarches ensemble dans l’ordre chronologique. Initialement nommé Abram avec femme Saraï, il est le premier à répondre à l’appel de sortir de sa terre. Si Ève représentait la curiosité, Abraham représente la fidélité (Emouna). Son parcours est jalonné d’épreuves, dont la plus radicale est le sacrifice de son fils Isaac comme défi imposé par Dieu, aussi connu sous le nom de « Ligature d’Isaac ». L’épisode montre un Abraham prêt à tout pour répondre et suivre l’appel de Dieu comme en témoigne le chapitre 22 de la Genèse :
Lorsqu’ils furent arrivés à l’endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham y construisit un autel et rangea le bois. Il attacha son fils Isaac et le mit sur l’autel par-dessus le bois. Puis Abraham tendit la main et prit le couteau pour égorger son fils. Alors l’ange de l’Eternel l’appela depuis le ciel et dit: «Abraham! Abraham!» Il répondit: «Me voici!» L’ange dit: «Ne porte pas la main sur l’enfant et ne lui fais rien, car je sais maintenant que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusé ton fils unique.» Abraham leva les yeux et vit [derrière lui] un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à cet endroit le nom de Yahvé-Jiré. C’est pourquoi l’on dit aujourd’hui: «A la montagne de l’Eternel il sera pourvu.» L’ange de l’Eternel appela une deuxième fois Abraham depuis le ciel. Il dit: «*Je le jure par moi-même – déclaration de l’Eternel -, parce que tu as fait cela et que tu n’as pas refusé ton fils unique, je te bénirai et je multiplierai ta descendance: elle sera *aussi nombreuse que les étoiles du ciel, pareille au sable qui est au bord de la mer. De plus, ta descendance possédera les villes de ses ennemis. Toutes les nations de la terre seront bénies en ta descendance, parce que tu m’as obéi.»
Comme mentionné dans l’article sur Hagar, Abraham n’est pas sans failles. Sa peur face aux puissants (faisant passer Sarah pour sa sœur) montre un homme qui, malgré son élection divine, reste soumis aux doutes. La Bible Hébraïque montre comment un homme ordinaire devient le « père d’une multitude ». L’épisode avec sa servante Hagar rend le personnage plus complexe et nous renseigne aussi sur les inquiétudes des populations de l’époque autour de la descendance.
L’existence même d’un arrangement entre Sarah, elle et Abraham pour concevoir un enfant est illustratif des angoisses existentielles qui devaient exister chez ces individus quant à leur besoin de disposer d’une descendance et de la place que la Bible Hébraïque accorde à ce sujet. Un sujet qui transcende la simple continuité filiale, et qui exprime une angoisse universelle chez de nombreuses femmes quant à leur incapacité (réelle ou imaginée) à avoir un enfant. La répudiation étant fréquente dans les sociétés anciennes, on peut également être étonné de cet arrangement qui témoigne à la fois des angoisses de Sarah face à sa stérilité, et du fait qu’Abraham ait pu accepter cet arrangement par amour pour sa femme et par son désir d’avoir un fils. Cet épisode permet d’illustrer plusieurs des contradictions de ce personnage central dans le judaïsme et d’illustrer les dilemmes moraux auxquels il a fait face.
L’expulsion de Hagar et de son fils par Abraham lui-même est intéressante parce qu’elle illustre une faillite morale importante d’un personnage essentiel dans le Judaïsme, et également dans les trois religions monothéistes. Ne pouvait-on pas trouver un arrangement qui respecte la dignité de chacun ? La Bible Hébraïque nous dit que l’évènement déclencheur de cette expulsion est la rivalité croissante avec Sarah, ainsi que sa jalousie maladive à l’égard de Hagar. Il y a une ironie profonde dans cette histoire : celle par qui cette histoire a commencé est ensuite dépassée par ce qui était initialement convenu. Hagar, qui devait l’aider à réaliser son rêve d’enfant avec Abraham, devient la preuve de sa propre infertilité. Le doute qui pouvait subsister jusqu’ici n’existe plus. L’angoisse de Sarah face au risque que son fils Isaac (En hébreu Yitzhak : יִצְחָק), dont elle a accouché récemment après une si longue stérilité et attente, soit désavantagé au profit d’Ismaël est sans doute la conclusion logique de cette situation qui a du entraîner de nombreuses tensions dans le clan; plutôt que la cause première. Mais la décision finale revient à Abraham. C’est lui qui prononce l’édit, laissant Hagar et son fils à un sort incertain pour préserver son couple et sans doute les convenances sociales après la naissance d’Isaac. Même si Dieu a voulu rassurer Abraham quant à ses inquiétudes sur ce point au chapitre 21 de la Genèse :
Cette parole déplut beaucoup à Abraham parce que c’était son fils. Cependant, Dieu dit à Abraham: «Que cela ne te déplaise pas à cause de l’enfant et de ton esclave. Quoi que te dise Sara, écoute-la, car c’est par Isaac qu’une descendance te sera assurée. Je ferai aussi une nation du fils de l’esclave, car il est ta descendance.»
Isaac est sans doute le plus effacé des patriarches. Son nom, qui signifie « il rira », rappelle le rire d’incrédulité de ses parents à l’annonce de sa naissance. Il est surtout la figure du survivant et du transmetteur. Lié sur l’autel par son père lors de la Akedah, il reste marqué par cet événement. Sa trajectoire nous dit que la figure masculine biblique n’est pas toujours celle de l’action tonitruante ; elle est parfois celle de la résilience silencieuse. On se souvient de lui notamment pour sa femme Rebecca organisant la supercherie pour que Jacob (Yakov en hébreu : יַעֲקֹב) soit bénit par son père Isaac, quand ce dernier avait pour fils préféré Esau (עשו). On peut également penser à la rivalité presque burlesque entre Léa et Rachel qui cherchent à savoir qui offrira le plus d’enfants à Jacob. Jacob est quant à lui le personnage de la lutte. Contrairement à son frère Ésaü, homme de chasse et d’instinct, Jacob est un homme « vivant sous les tentes », utilisant sa ruse pour obtenir le droit d’aînesse. Son évolution est fascinante : il passe du statut de « supplanteur » à celui de « celui qui lutte avec Dieu » (Israël). Son combat nocturne avec un ange au chapitre 32 de la Genèse est fondateur :
Il dit encore : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur. »
Joseph (יוֹסֵף)

Fils préféré de Jacob, Joseph incarne le passage de l’arrogance de la jeunesse à la sagesse du pouvoir. Les rêves de Joseph, qui signent le début du conflit avec ses frères, constituent un moment marquant de cet épisode comme ici au chapitre 37 de la Genèse :
Joseph fit un rêve, et il le raconta à ses frères qui le détestèrent encore plus. Il leur dit: «Ecoutez donc le rêve que j’ai fait! Nous étions en train d’attacher des gerbes au milieu des champs, et voici que ma gerbe s’est dressée et est même restée debout. Vos gerbes l’ont alors entourée et se sont prosternées devant elle.» Ses frères lui dirent: «Est-ce que tu vas vraiment régner sur nous? Est-ce que tu vas nous gouverner?» Ils le détestèrent encore plus à cause de ses rêves et de ses paroles.
Joseph fit encore un autre rêve, et il le raconta à ses frères. Il dit: «J’ai fait encore un rêve: le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi.» Il le raconta à son père et à ses frères. Son père lui fit des reproches et lui dit: «Que signifie le rêve que tu as fait? Faut-il que nous venions, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner jusqu’à terre devant toi?» Ses frères se montrèrent jaloux de lui, mais son père garda le souvenir de cela.
Vendu par ses frères, il réussit en Égypte grâce à ses talents de gestionnaire. Joseph est l’homme de la providence et du pardon. Alors qu’il aurait pu se venger, il choisit la réconciliation au chapitre 45 de la Genèse :
Maintenant, ne vous affligez pas […] car c’est pour vous sauver la vie que Dieu m’a envoyé ici avant vous.
Joseph est un personnage vu parfois comme très attachant, généreux et aussi comme un personne qui adopte une hauteur morale sur les autres. Comme en témoigne l’épisode avec la femme de Potiphar au chapitre 39 de la Genèse :
Dès que Potiphar l’eut établi responsable de sa maison et de tous ses biens, l’Eternel bénit la maison de cet Egyptien à cause de Joseph, et la bénédiction de l’Eternel reposa sur tous ses biens, que ce soit à la maison ou aux champs. Il abandonna tous ses biens entre les mains de Joseph et il ne prenait connaissance de rien avec lui, sauf de sa propre nourriture. Or, Joseph était beau à tout point de vue.
Après cela, la femme de son maître porta les yeux sur Joseph et dit: «Couche avec moi!» Il refusa et lui dit: «Mon maître ne prend connaissance de rien avec moi dans la maison, il m’a confié tous ses biens. Personne n’est plus grand que moi dans cette maison et il ne m’a rien interdit, sauf toi parce que tu es sa femme. Comment pourrais-je commettre un aussi grand mal et pécher contre Dieu?» Elle parlait tous les jours à Joseph, mais il ne l’écoutait pas et refusait de coucher avec elle, d’être avec elle. Un jour, il était entré dans la maison pour accomplir son travail et il n’y avait là aucun des gens de la maison. Elle l’attrapa par son habit en disant: «Couche avec moi!» Il lui laissa son habit dans la main et sortit. Lorsqu’elle vit qu’il lui avait laissé son habit dans la main et qu’il s’était enfui dehors, elle appela les gens de sa maison et leur dit: «Regardez! Il nous a amené un Hébreu pour abuser de nous. Cet homme s’est approché de moi pour coucher avec moi, mais j’ai poussé de grands cris. Quand il a entendu que je me mettais à crier, il a laissé son habit à côté de moi et est sorti.»
Moïse (מֹשֶׁה)

Moïse est la figure centrale. Il n’est ni un roi, ni un guerrier à l’origine, mais un homme qui a « la langue lourde ». La Bible insiste sur son humilité (Anav). Son leadership n’est pas fondé sur son charisme, mais sur son obéissance à la Loi. C’est un personnage plus complexe qu’il n’y paraît malgré son statut de prophète le plus important du judaïsme et de la Bible Hébraïque.
Sa relation avec Tsippora est complexe—au point où l’effacement de sa femme et la nature historique de cette relation font débat. L’un des épisodes les plus célèbres étant ce passage fragmentaire qui décrit le moment où Tsippora et Moïse vont en Egypte, dans le livre de l’Exode ou « Noms » ou Shemot (שמות) au chapitre 4 :
Pendant le voyage, à l’endroit où ils passaient la nuit, l’Eternel l’attaqua et chercha à le faire mourir. Séphora prit une pierre tranchante, coupa le prépuce de son fils et le jeta aux pieds de Moïse en disant: «Tu es pour moi un mari de sang!» Alors l’Eternel le laissa. C’est à ce moment-là qu’elle dit: «Mari de sang!» à cause de la circoncision.
Moïse appartient tout entier à sa mission, au point de s’oublier lui-même. Il est l’intermédiaire par excellence, celui qui voit Dieu « face à face ». Mais c’est aussi un personnage dont la mort questionne encore aujourd’hui sur son sens à lui donner : il meurt avant de rentrer dans la Terre Promise.
Job (אִיּוֹב)

Le livre de Job nous présente un homme « intègre et droit », dont la vie bascule dans le chaos. Contrairement aux autres figures masculines souvent définies par leur lignée ou leur pouvoir, Job est défini par sa souffrance et son intégrité. Il peut incarner la révolte masculine face à l’injustice apparente du monde. Et aussi la figure masculine raillée de tous, dont sa femme. Là où ses amis tentent de justifier son malheur par une faute qu’il aurait commise, Job maintient sa droiture et interpelle Dieu directement. Au chapitre 19, il exprime sa foi malgré le désespoir :
Mais je sais que mon rédempteur est vivant, et qu’il se lèvera le dernier sur la terre.
Job apporte une dimension philosophique cruciale : l’homme biblique est aussi celui qui a le droit de questionner le divin lorsque le silence de Dieu devient insupportable.
David (דָּוִד)

David est le personnage le plus complet : berger, poète, guerrier et roi. Il incarne la complexité humaine. S’il est capable de terrasser Goliath, il est aussi capable du pire avec Bethsabée. Il incarne très bien la faiblesse masculine face au désir et la rivalité entre les Hommes face aux femmes. Au point où son désir l’amène à tuer l’amant de la femme qu’il désire, comme raconté dans le livre de Samuel ou Shemouel (שְׁמוּאֵל) au chapitre 11 :
Un soir, David se leva de son lit. Comme il se promenait sur le toit du palais royal, il aperçut de là une femme qui se baignait et qui était très belle. David fit demander qui était cette femme et on lui dit: «N’est-ce pas Bath-Shéba, fille d’Eliam et femme d’Urie le Hittite?» David envoya alors des messagers la chercher. Elle vint vers lui et il coucha avec elle, alors qu’elle venait de se purifier après ses règles. Puis elle retourna chez elle. Cette femme tomba enceinte et elle fit dire à David: «Je suis enceinte.»
Alors David fit dire à Joab: «Envoie-moi Urie le Hittite.» Et Joab envoya Urie à David. Urie se rendit vers David, qui l’interrogea sur l’état de Joab, du peuple et de la guerre. Puis David dit à Urie: «Descends chez toi et prends un moment de détente.» Urie sortit du palais royal, suivi d’un cadeau du roi. Mais il se coucha à la porte du palais royal, avec tous les serviteurs de son maître, et il ne descendit pas chez lui. On en informa David en lui disant: «Urie n’est pas descendu chez lui.» David dit à Urie: «N’arrives-tu pas de voyage? Pourquoi n’es-tu pas descendu chez toi?» Urie lui répondit: «L’arche de l’alliance ainsi qu’Israël et Juda habitent sous des tentes, mon seigneur Joab et les serviteurs de mon seigneur campent en rase campagne et moi, je rentrerais chez moi pour manger et boire et pour coucher avec ma femme! Aussi vrai que tu es vivant et que ton âme est vivante, je ne ferai pas cela.» David dit à Urie: «Reste ici aujourd’hui encore et demain je te laisserai repartir.» Urie resta à Jérusalem ce jour-là et le lendemain. David l’invita à manger et à boire en sa présence et il l’enivra. Le soir, Urie sortit pour s’étendre sur son lit avec les serviteurs de son maître, mais il ne descendit pas chez lui.
Le lendemain matin, David écrivit une lettre à Joab et il la lui fit parvenir par l’intermédiaire d’Urie. Il écrivit dans cette lettre: «Placez Urie au plus fort du combat, puis reculez derrière lui afin qu’il soit frappé et meure.»
La Bible Hébraïque ne cache rien de ses crimes. Son repentir est immédiat lorsqu’il est confronté à sa faute, au chapitre 12 de Samuel :
David dit à Nathan : « J’ai péché contre l’Eternel ! »
C’est cette capacité à reconnaître sa fragilité qui fait aussi de lui le modèle du roi idéal dans l’inconscient juif.
Salomon (שְׁלֹמֹה)

Fils de David et de Bethsabée, Salomon est l’homme de la Sagesse (Hokhmah). Il bâtit le Temple et porta le royaume à son apogée. Pourtant, sa fin de vie montre l’ambivalence du pouvoir : ses nombreuses alliances matrimoniales le détournent de sa mission spirituelle. C’est une figure majeure parce qu’il s’agit du dernier roi du royaume unifié d’Israël, avec la scission entre Juda et Israël, puis la disparition des royaumes juifs sous le poids des invasions extérieures.
Ses actes sont racontés dans le livre des Rois (décomposé lui aussi en deux livres dans les bibles chrétiennes) raconte l’histoire d’Israël sous le règne de Salomon puis l’histoire des rois après la partition du royaume d’Israël en deux avec Israël au Nord et Juda au Sud. Salomon était particulièrement réputé pour sa sagesse (don qu’il avait demandé à Dieu), illustrée par le fameux épisode du jugement de Salomon durant lequel il dut départager deux femmes sur le fait de savoir à qui appartenait un bébé. Il menace alors de couper le bébé en deux. Celle qui préférait abandonner l’enfant était la vraie mère. S’ensuit la construction du temple à Jérusalem. Son fils Roboam prendra la suite, mais de mauvais choix vont conduire à une nouvelle guerre civile et à la séparation en deux du royaume. Le livre des Rois se poursuit ensuite sur la chute du royaume d’Israël face aux Assyriens puis la chute de Juda face à Babylone. La figure de sagesse de Salomon est mythifiée de façon abondante dans le livre des Rois comme ici au chapitre 4 :
Dieu donna à Salomon de la sagesse, une très grande intelligence, et des connaissances multipliées comme le sable qui est au bord de la mer. La sagesse de Salomon surpassait la sagesse de tous les fils de l’Orient et toute la sagesse des Egyptiens. Il était plus sage qu’aucun homme, plus qu’Ethan, l’Ezrachite, plus qu’Héman, Calcol et Darda, les fils de Machol; et sa renommée était répandue parmi toutes les nations d’alentour. Il a prononcé trois mille sentences, et composé mille cinq cantiques. Il a parlé sur les arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu’à l’hysope qui sort de la muraille; il a aussi parlé sur les animaux, sur les oiseaux, sur les reptiles et sur les poissons. Il venait des gens de tous les peuples pour entendre la sagesse de Salomon, de la part de tous les rois de la terre qui avaient entendu parler de sa sagesse.
Conclusions
Les hommes, comme les femmes, de la Bible Hébraïque ne sont pas des saints au sens moderne. D’ailleurs, ce concept n’existe pas dans le judaïsme. Ce sont des figures profondément humaines, marquées par des failles béantes : la passivité d’Adam, la ruse de Jacob, la souffrance de Job ou la violence de David. Ce qui les définit, ce n’est pas leur perfection, mais leur capacité à répondre à un appel et à assumer une responsabilité. Tout comme pour les femmes, leur inclusion témoigne d’un réalisme psychologique frappant. Ce ne sont pas des archétypes figés, mais des êtres en devenir, dont les succès et les échecs servent de miroirs aux lecteurs de toutes les époques. C’est un motif d’admiration pour eux dans un monde moderne qui tend à figer les figures masculines dans des rôles binaires.